Anne Hidalgo désavouée par la justice : le copinage politico-culturel en péril

Le projet de cinéma et restaurant de luxe à Voltaire vient d’être rejeté par le tribunal administratif ! Un camouflet pour Anne Hidalgo et son équipe, qui met en péril tous les lieux concernés par l’appel « Réinventer Paris ». Si l’initiative semblait bonne et prometteuse sur le papier, plusieurs opposants, regroupés au sein de l’association « le 14 avenue Parmentier », ont dénoncé des vices de forme, notamment sur la constitution des jurys. Ils ont obtenu gain de cause : la justice vient de leur donner raison.

[Tribune libre]

Un grain de sable dans la machine…

Dans le XIe arrondissement de Paris, il y a comme un grain de sable qui s’est immiscé dans la machine. Dans le cadre du concours « Réinventer Paris » organisé par la mairie, il était écrit que le projet de cinéma et de restaurant de David Henochsberg allait remplacer « La Générale », coopérative artistique, politique et sociale, comme un symbole d’une politique d’urbanisme tournée vers la modernité, l’ouverture et la culture. La culture ? Oui, mais pas n’importe laquelle…

Si les projets privés sélectionnés par le jury municipal répondaient à un appel à concurrences pour reprendre ce lieu au titre de leur « initiative innovante », les juges ont tranché en ce qui concerne les procédures d’attribution: ils ont en effet constaté que la composition du jury était loin de respecter les critères que… la Mairie avait elle-même fixée ! Difficile de contester pour la mairie de Paris, quand quinze des vingt-trois membres sont issus des rangs des élus parisiens ; la commission est également composée des membres du conseil de Paris, du maire du XIe arrondissement, du président de la commission du vieux Paris et de la directrice générale de l’atelier parisien d’urbanisme !

Même si Anne Hidalgo précise que des avenants au règlement avaient été rajoutés, peut-être pour éviter une telle déconvenue, la justice a estimé qu’il y avait maldonne. Le coup porté au portefeuille doit être grand puisque David Henochsberg lui-même mentionne dans Le Figaro « une très très mauvaise nouvelle » qui lui coûte « beaucoup d’argent ».

… mais un signal pour les acteurs culturels locaux ?

Une mauvaise nouvelle pour le « survolté » patron du réseau de salles Etoiles-Cinéma, mais un signal intéressant pour les habitants et les acteurs culturels locaux qui ne peuvent rivaliser avec les multiples vues « d’artistes » (sic) vendant un projet toujours « futuristique » et « visionnaire », à la manière de cette gargantuesque « Europa City » dont on ne cesse de nous vendre les visuels alléchants.

Le juge a donc tranché sur une question de forme. Mais ne nous y trompons pas, l’enjeu est bien ici celui de la délibération démocratique concernant l’avenir de l’urbanisme local. Où étaient donc les habitants du XIe dans cette commission? Et qui défendra, dans les conseils municipaux, l’impératif humain d’une culture locale vivante et vibrante face aux lobbys et aux copinages entre artistes installés, politiques et industriels ?

Un projet qui fait fi des forces locales

La ville de Paris veut croire que son appel à cette décision portera ses fruits et que ce malencontreux retard ne remettra pas en question, ni la réalisation de ce projet, ni celui des vingt-deux autres du concours d’urbanisme « Réinventer Paris ». Le temps dira l’avenir du 14 avenue Parmentier, mais on peut d’ores et déjà conseiller à Madame Hidalgo de revoir sa copie en ce qui concerne la composition des commissions d’attribution des projets…

Pourquoi ne pas lui conseiller de relire les droits culturels, inscrits dans la loi ? Elle pourrait ainsi prendre davantage en considération les tissus culturels et sociaux existants, s’attarder sur les besoins réels d’une population existante, avant de rêver à des projets de grande envergure qui, malgré leur affinité avec le cinéma « d’art et d’essai » par exemple, ne visent qu’une rentabilité rapide et un zeste de prestige fluorescent..

En attendant, ce jugement pourrait bien donner des idées à d’autres : les projets retenus par la ville de Paris sur d’autres sites risquent fort de devoir tirer les leçons de ce désaveu.

Une déconnexion des décideurs culturels répandue…

Le constat est loin d’être nouveau. Il est celui du profond décalage entre les discussions menées au sein de cercles fermés « d’experts » et de « personnalités » des milieux culturels et la réalité des actions culturelles accomplies localement, au quotidien.

Un constat exemplaire, qui pourrait être décliné dans bien des domaines liés aux arts et à la culture. Dans le cinéma, la musique, le théâtre, etc., la composition des commissions d’attribution des subventions publiques est encore loin d’être transparente. Plus encore, elle ne représente que bien rarement la diversité culturelle des personnes et des artistes. Mais assez d’un pavé dans la mare pour aujourd’hui…

Maël LUCAS

 

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2 Comments

  1. CORONE

    Personnellement je connais le cinéma « Etoile Lilas « , dans le 20°, tape à l’oeil et dont la programmation

    n’est pas du tout « art et essai » » . C’est racoleur pour les jeunes et plein de blockbusters .

  2. Pingback: État des lieux | stopmonop

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