Mike Fromentin : de l’ombre à la lumière

Chef monteur pour le cinéma, Mike Fromentin a travaillé sur de nombreux longs métrages mais également pour des séries et des documentaires à la télévision.  

Dans la vraie vie, Mike Fromentin évite de rester trop longtemps sous les néons et les projecteurs. Ce chef monteur pour le cinéma et la télévision préfère de loin l’intimité des studios et des salles obscures à la montée parfois hystérique, mais souvent nécessaire, des marches du festival de Cannes.  Adepte de la belle image, ce Parisien originaire de Normandie diplômé de La fémis a très logiquement débuté sa formation par un BTS audiovisuel. « Pour quelqu’un comme moi qui n’avait absolument aucun contact dans le cinéma, le passage par une école comme celle de La fémis  m’a permis de rencontrer de nombreux professionnels»  se souvient-il.  Après l’obtention de son diplôme, Mike devient assistant monteur pendant 7 ou 8 ans. « J’ai longtemps été l’assistant de Jacques Comets avec lequel je suis toujours en relation et qui est actuellement le directeur du département montage à La fémis. Cette rencontre a été pour moi déterminante, tant du point de vue de l’exigence technique que de la démarche artistique».  En 2002, Mike accède à une nouvelle étape de sa carrière. La réalisatrice Marina de Van fait appel à lui en tant que chef monteur pour Dans ma peau son premier long-métrage. Ce sera le début d’une longue et belle histoire professionnelle. « Ce qui me plait le plus dans ce métier, c’est la relation intime que l’on peut, par moment, avoir sur le montage entre le film, son écriture en train de se faire et le metteur en scène. Avec Marina de Van pour laquelle j’ai monté quatre longs-métrages, nous avons je crois réussi à toucher à des choses très fortes et très essentielles, certainement en raison de ce travail en profondeur dans la continuité » explique t-il.

Essence même du cinéma

Car pour Mike, le montage vise à l’essence même du cinéma. Parfois sous-estimée par le public ou la profession, l’intervention du monteur sur un film ne se cantonne pas à un rôle strictement technique. Véritable directeur artistique, le monteur a à cœur, lorsqu’il en a l’occasion, d’accompagner le film jusqu’au bout de son processus créatif. Par la juxtaposition savante des images, il fait coexister les acteurs pour les rendre encore plus justes où bien travaille sur la bande son en étroite collaboration avec le musicien du film. « Nous avons souvent la lourde tâche d’amener esthétiquement et rythmiquement le film là où le réalisateur n’a pas forcément prévu qu’il aille. Il s’agit vraiment d’aller jusqu’au bout du travail de la matière afin de mettre en ordre la narration.  Il y a donc tout un travail d’accompagnement, de conseil, qui demande beaucoup de remise en cause, à la fois de la fermeté et de l’exigence. A ce titre, nous avons parfois un rôle d’accoucheur » précise le chef monteur. Travailleur solitaire, le monteur a avant tout besoin de temps dans un monde où tout va désormais trop vite. Cet accompagnement du metteur en scène sur chaque film passe obligatoirement par une connaissance fine de la matière. « Nous avons besoin de bégayer et d’expérimenter. Cette expérimentation doit se faire en commun mais aussi seul, parce que c’est quelque fois perturbant pour le metteur en scène de voir son monteur patauger.  Le fait d’hésiter est une manière de s’approprier la matière. C’est en nos propres erreurs et réussites que l’on se forge une idée et que l’on trouve les bonnes solutions pour finalement bien monter le film » rappelle-t-il.

Désir des réalisateurs

En deux décennies, Mike a eu l’occasion de voir le métier évoluer. La fin du montage traditionnel au profit du tout numérique, les pressions économiques et financières croissantes, empêchent souvent les monteurs de suivre le film jusqu’au mixage. «Quand j’ai commencé à être assistant, j’étais assistant sur toute la durée des films. Cela permettait d’avoir un vrai suivi, de recevoir et aussi d’apprendre. Aujourd’hui, nous ne transmettons pratiquement plus rien car nous ne sommes que dans du travail technique. Les assistants ont d’ailleurs  pratiquement tous disparu sur les productions télévisuelles en dehors de la préparation des rushes et de la finalisation du film » explique Mike.

Conscient d’être à la merci du désir des réalisateurs et des différentes productions qui font appel à ses services, Mike Fromentin, n’a jamais eu de problème pour passer du cinéma à la télévision, deux exercices différents, mais souvent complémentaires. « Le plus difficile, c’est au moment de l’approche du film, c’est-à-dire dans les premières semaines ou les premiers jours. Après quelques moments de doute et de remise en question, on retrouve très vite les mêmes instincts d’écriture ».

Inquiétant Lemming

Après plusieurs longs-métrages dont l’inquiétant Lemming de Dominik Moll en 2005 avec dans les rôles principaux les deux Charlotte Gainsbourg et Rampling, ou le très abouti Vent Mauvais  de Stéphane Allagnon en 2007, Mike Fromentin est aujourd’hui passé de l’autre côté du miroir, en intervenant à son tour à La fémis.  « Si j’avais un conseil à donner à un jeune qui veut se lancer dans la profession ce serait, s’il en a la chance, de faire une école parce que cela demeure un outil formidable pour la suite. C’est un moment privilégié où l’on se forge une pratique et une technique irremplaçable. En même temps, les élèves sont amenés à se confronter à des exigences et à des réflexions qu’ils n’auront peut-être plus forcément l’occasion d’appréhender plus tard. Quand on sort d’un BTS audiovisuel destiné à fournir des techniciens clés en main pour la télévision, il est parfois difficile de se diriger vers des travaux artistiques plus ambitieux.

Actuellement en préparation d’un très beau projet documentaire pour la  RTS (Radio Télévision Suisse) sur le service de transplantation de l’hôpital de Genève, Mike Fromentin retrouvera bientôt la chaîne  Canal + pour laquelle il avait monté le film de télévision du réalisateur Thomas Vincent Mister Bob, consacré à la vie du sulfureux mercenaire français Bob Denard. Cette fois-ci, il s’agira de monter 4 épisodes de la saison 2 de la série de fiction Kaboul Kitchen réalisée par Frédéric Balekdjian, en attendant un prochain long-métrage pour le cinéma. Mais motus, tant que ce n’est pas signé, il faut savoir rester discret dans le métier…

 

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