Eduardo Manet : « Il n’y a pas de langue minoritaire ! »

Le festival de courts-métrages de Hendaye (HFF) fête sa cinquième édition, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 22 octobre prochain. Le romancier et auteur dramatique français d’origine cubaine Eduardo Manet en est le président d’honneur depuis ses débuts. Très engagé dans la défense des droits d’auteur, notamment au sein de la SACD, Eduardo Manet suit également de près la création littéraire et cinématographique. Rencontre avec un artiste sous multiples influences culturelles.

Si vous avez collaboré de près au monde cinématographique lorsque vous étiez à Cuba, vous êtes davantage connu en France pour vos romans et pièces de théâtre. Comment êtes-vous devenu président d’honneur du festival du film de Hendaye ?

Hendaye et moi, ça vient de loin. J’ai l’honneur et la joie d’avoir été élu « fils adoptif » de la ville il y a pas mal d’années. On m’a fait cadeau d’un makila, avec mon nom et les paroles de Che Guevara : « Il vaut mieux mourir debout que vivre à genoux ». Mon amitié avec Angela Méjias Zapata [directrice générale du festival, NDLR] date de cette « lointaine » époque. J’ai même essayé d’apprendre la langue basque. Hélas, il faut commencer tout petit ou s’établir sur une colline entourée des pottocks. Aussi, en tant que « président d’honneur », j’établis un lien entre le festival et Cuba.

En tant que Français originaire de Cuba, vous devez avoir une sensibilité particulière pour le dialogue initié par le festival autour des trois cultures et des trois langues que sont le français, le basque et l’espagnol. Vos romans portent d’ailleurs la trace de cet échange intime, avec Un Français au cœur de l’ouragan cubain ou encore Un Cubain à Paris. En quoi les différentes formes artistiques favorisent-elles le dialogue interculturel ? Ce dernier revêt-il des tonalités différentes selon les arts ?

Rien n’est innocent. Rien n’est pur. Le cinéma et la littérature, le théâtre et le cinéma, la musique, la photo… Chaque art a toujours une influence sur les autres arts. De même, chaque culture, sans le savoir – et parfois sans le vouloir –, se « glisse » dans d’autres éléments culturels, reçoit des influences. Cela fait partie de la condition humaine. À Naples, les enfants jouent un jeu admirable : « Io ti do una cosa à te, Tu mi dais una cosa a mi » – Je te donne une chose, tu me donnes une chose. Il s’agit, la plupart du temps, d’une vieille carte postale, d’une bille en plastique ou d’une petite pierre. Ce qui est fondamental : l’échange.

Créé en 2013, ce festival fête cette année sa 5e édition. Avez-vous vu une évolution des enjeux au fil de ces années ?

Depuis 2013, le festival connaît, à mon avis, une évolution admirable. Disons la vérité : Angela Mejias est une perfectionniste. Et sa rigueur dans le choix des films montre que chaque année doit être meilleure que l’année précédente. Par chance, le festival d’Hendaye devient de plus en plus important du point de vue international. Plus de films, plus de pays… un choix plus riche.

L’un des enjeux majeurs de ce festival, depuis sa création, est la mise en exergue des « langues minoritaires » et des expressions émanant de minorités culturelles ou sociales. En quoi cela vous semble-t-il un enjeu important ?

Il n’y a pas de langue « minoritaire » à mon humble avis. Toute langue, même parlée par dix personnes, mérite le respect parce qu’elle transmet ce qui est un grand mystère : l’intelligence humaine, ses doutes, ses besoins, ses peurs. La colonisation, l’impérialisme a voulu – nous le savons – « éliminer » ou « faire taire » à un moment donné certaines langues fortes, merveilleuses : le basque, le catalan, le breton… Le temps passe. Les impérialismes disparaissent ; et les langues qu’on voulait « couper » sont toujours là, chaque jour plus resplendissantes.

Depuis plusieurs années, le monde des arts et de la culture subit de fréquentes secousses, notamment avec l’irruption croissante du secteur privé et du mécénat, qui fait l’objet de nombreux débats. Comment appréhendez-vous ces changements ?

L’État, sous prétexte de « crise économique », coupe de plus en plus le budget de la culture. Le mécénat peut pallier l’absence de l’État. C’est une tradition qui vient de la Renaissance : les Médicis, etc. Le mécénat aux États-Unis par exemple, en raison notamment de la baisse des impôts qu’il favorise, fait partie de l’histoire culturelle du pays. Il faut rappeler aux grandes entreprises françaises que c’est un devoir d’aider certaines manifestations, comme le festival d’Hendaye par exemple, qui montrent, d’année en année, la passion d’exister et de donner à la population un rêve artistique ; ce dernier mérite d’être porté un budget plus important.

Propos recueillis par Vanessa LUDIER

 



Photographie de Une – Angela Méjias Zapata et Eduardo Manet (crédits : Thierry Gauthier)



 

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