Eloge de l’éternelle précarité

La sémillante et charmante Aurélie, duchesse de Valois de Puis-Peu, a déclaré au quotidien Le Monde qu’elle ne toucherait pas au régime de chômage des intermittents parce que « ce n’est pas un système pour les privilégiés mais pour des gens précaires » . Fort bien. Cependant, l’expression « gens précaires » m’interpelle. Notez bien que l’archiduchesse Filippetti ne dit pas que les intermittents – appelons-les saltimbanques – sont « des gens qui vivent une situation de précarité » , mais que ce sont « des gens précaires » . En (ab)usant des synonymes proposés par le dictionnaire, cela signifie que ce sont « des gens fragiles, instables, incertains, éphémères » . Même si rien n’interdit à un saltimbanque d’être fort, stable, assuré et durable, admettons qu’il existe une alliance naturelle entre l’art et la fragilité.

Certes, les saltimbanques sont rarement de puissants spartiates. Ils sont mieux que cela. Que nous enseigne l’histoire de Sparte ? Que la grecque cité ne voulut que de parfaits guerriers et jeta les bébés fragiles et/ou biscornus. Moralité, cruellement brossée par Pagnol dans L’eau des collines : « Ces hommes furent des Grecs de la grande époque, à deux pas d’Athènes, mère de l’intelligence et des arts. Pourquoi leur héritage est-il si misérable ? C’est parce qu’ils ont sacrifié leurs poètes, leurs philosophes, leurs peintres, leurs architectes, leurs sculpteurs ; c’est parce qu’ils ont peut-être précipité sur les rocs aigus, au fond du Barathre, un petit bossu qui était Esope, ou le bébé aveugle qui eût chanté à travers les siècles les dieux et la gloire de leur patrie. »

Bel éloge de l’éternelle précarité, merci Marcel.

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