La culture selon… Nicolas Dupont-Aignan

Cinq ans après avoir réuni 1,7 % des suffrages, Nicolas Dupont-Aignan se retrouve de nouveau face aux Français. Sa ligne se veut gaulliste, avec pour slogan « ni système, ni extrêmes ». Positionné entre les Républicains et le Front National, le président de Debout la France est surtout connu pour sa remise en cause de l’Union Européenne, la dénonciation du système politique actuel ou encore la théorie du « grand remplacement » des Français par les immigrés.

Pour autant, il ne néglige pas la politique culturelle : le candidat propose même un positionnement unique, en l’associant étroitement à la question touristique.

A l’instar de plusieurs autres candidats, Nicolas Dupont-Aignan s’engage à consacrer 1 % du budget de l’État à la culture, sans néanmoins évoquer de « sanctuarisation ». Cette dernière nuance est d’autant plus importante que le candidat souhaite transférer les compétences liées au tourisme, du ministère du commerce à celui de la culture. Une mesure qui engage des frais supplémentaires et dévoile une vision économico-patriotique de la culture.

Une politique culturelle fondée sur le tourisme

Cette proposition surprenante trouve sa déclinaison naturelle avec la valorisation et la protection du patrimoine, leviers touristiques que Nicolas Dupont-Aignan entend mettre en œuvre. Parmi les nombreuses mesures qu’il propose, certaines sont précises – comme l’augmentation du budget pour la protection du patrimoine de 25 % –, quand d’autres sont originales, telle la création d’un loto public lors des Journées du patrimoine.

Pour le candidat de Debout la France, la sauvegarde et la vitalité du patrimoine passent par :

  • un programme « massif » de numérisation des monuments, afin d’informer le grand public – touristes potentiels – de leur existence,
  • le conditionnement du développement durable au respect du patrimoine bâti et paysager,
  • L’utilisation des chantiers publics pour l’apprentissage de jeunes non qualifiés ou de chômeurs de longue durée. Cette nébuleuse proposition ne dit rien des conditions concrètes envisagées. Il s’en faudrait peu que les travailleurs précaires eux-mêmes soient exploités, faute de liberté ou de rémunération adaptée.

La politique patrimoniale de Nicolas Dupont-Aignan passe également par un soutien au secteur privé : d’une part, les propriétaires d’immeubles anciens verront leur déduction fiscale déplafonnée pour la rénovation de leur propriété ; d’autre part, un fonds de sauvegarde sera mis en place à destination des villages pauvres : tout don à une commune de moins de 1 000 habitants ouvrira à une déduction fiscale de 66 %, dans une limite de 7 500 €.

Le candidat souhaite enfin utiliser le tourisme comme levier de croissance, en développant :

  • la biodiversité,
  • la production artisanale
  • et la diversité des gastronomies.

Cette proposition étonnante et vague envisage le tourisme comme créateur de culture, et non le contraire. Un tel renversement de valeur n’est pas sans susciter quelques craintes sur le sens que le candidat donne finalement à la culture elle-même : réduite à un rôle de soutien économique, elle n’apparaîtrait dès lors plus comme un droit fondamental de la personne humaine.

L’éducation artistique au patrimoine

Second volet important du programme de Nicolas Dupont-Aignan : le développement de l’éducation artistique. L’obsession patrimoniale du candidat se retrouve dans la déclaration de principe au sujet des enfants, qu’il s’agit d’« éveiller à la connaissance du patrimoine national dès l’école primaire ».

Au programme, un véritable réinvestissement de l’art dans les écoles, avec :

  • la mise en place d’une filière d’Histoire de l’Art dans les collèges et lycées,
  • la création d’un CAPES spécifique,
  • la constitution d’une réserve de places allouées aux écoles, collèges et lycées dans les spectacles publics,
  • ou encore le doublement du plafond des heures prises en compte dans l’assurance chômage pour les artistes intervenant dans le système éducatif (110 heures contre 55 actuellement).

Une culture populaire de l’héritage

Troisième et dernier volet : la réforme des institutions au service d’une culture populaire dite « de qualité ». De nouveau, l’accent qualitatif est mis sur la dimension patrimoniale ; plusieurs propositions vont en ce sens :

  • la diffusion mensuelle d’une œuvre du « répertoire classique » sur une chaîne publique, en première partie de soirée,
  • le lancement d’un plan de sauvegarde des églises et établissements culturels en milieu rural,
  • l’ouverture gratuite des musées, chaque dimanche, pour les résidents de France,
  • et la mise en place d’un « ticket découverte culturelle » annuel, pour les plus de 16 ans.

Ces deux dernières mesures, ambitieuses sur le papier, ne font néanmoins l’objet d’aucune explication concernant leur financement.

Toutefois, Nicolas Dupont-Aignan propose une vision plus large avec :

  • la suppression de la Hadopi – promesse non tenue de François Hollande – au profit de la licence globale,
  • la préservation du régime de l’intermittence
  • et le développement du mécénat au profit du spectacle vivant, en portant le plafond de réduction de l’impôt des entreprises de 0,5 à 1 % de leur chiffre d’affaires. Une mesure qui, en l’absence de propositions concernant tout soutien public à la création, laisse craindre une privatisation de la culture.

Conclusion

Solidement ancré à droite, le programme culturel de Nicolas Dupont-Aignan réunit avec originalité, parfois au risque de la confusion, culture et tourisme, patrimoine patriotique et néo-libéralisme économique. Cette vision culturelle, qui rend largement hommage au passé, fait malheureusement l’impasse sur la création, grande absente de la vision du candidat de Debout la France : les droits culturels des personnes se retrouvent ainsi circonscrits à un héritage unique, privés d’un renouvellement dynamique contemporain.

Retrouvez tous les épisodes de notre série :



« La culture selon… » est une série vidéo de Profession Spectacle, lancée en mars 2017. En 3 à 5mn, nous vous proposons de découvrir la vision culturelle de personnalités politiques, leurs déclarations, leur bilan…

Concept, design et réalisation : Maïlys Gelin et Maël Lucas.
Conseils : Pierre Monastier



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