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« La Fuite ! » – Macha Makeïeff adapte Boulgakov entre onirisme et tendresse

« La Fuite ! » – Macha Makeïeff adapte Boulgakov entre onirisme et tendresse
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Macha Makeïeff s’attaque à un monument de la littérature russe, rarement mis en scène en France : La Fuite ! de Mikhaïl Boulgakov. Créé à la Criée, théâtre national de Marseille, le spectacle est actuellement au théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis, avant de partir pour Toulon, Lyon et Angers. Si la première partie laisse parfois trop la place à l’onirique, jusqu’à étouffer le « désastre », la pièce retrouve peu à peu un regard de tendresse devant l’humanité en déroute.

« C’est pour cela que l’on reste froid devant notre tragédie,
exactement comme au théâtre. »
(Général Khloudov à Tikhi, 2e songe)

Dès la première scène, le songe inaugural, nous reconnaissons bien la patte burlesque et fantastique de Macha Makeïeff. La créativité du décor et des mimes joue à plein, bien que nous peinions tout d’abord à saisir la profondeur des personnages de cette comédie fantastique de Mikhaïl Boulgakov. Ce début, volontairement caricatural jusqu’à l’excès, brise d’emblée le drame qui se joue, et il faut attendre l’écoulement des songes et des actes pour voir se former peu à peu une humanité en détresse.

Un burlesque sans rire

Qui dit songe, dit cauchemar, dans cette mise en scène sombre et colorée. Il n’est pas étonnant de retrouver, à l’ouverture du dossier de presse, un texte du psychanalyste Hervé Castanet, introduit par une citation de Jacques Lacan : « Ce qu’il y a de plus près du vécu, c’est le cauchemar ». Un livre de conversation entre Hervé Castanet et Macha Makeïeff est en cours de préparation, à partir de cette mise en scène de La Fuite !. Il n’y a donc pas d’erreur sur l’intention.

L’esthétique fait écho à celle déployée par Jean Bellorini dans son Karamazov – sans étonnement, puisque la création a lieu dans le théâtre Gérard-Philippe que dirige Jean Bellorini, ce dernier signant même la lumière. Toutefois, si l’ambiance russe y trouve des connotations stylistiques semblables, l’appréhension des êtres humains diffère en ce qu’elle peine à trouver de la consistance dans cette proposition de Macha Makeïeff. À trop forcer sur le délire fantastique, certes volontaire chez Boulgakov (notamment pour contourner la censure) mais largement accentué par la mise en scène, la part « mystique » de l’écrivain russe s’appauvrit sèchement.

Les comédiens ne sont pas mauvais, loin de là : Karyll Elgrichi (déjà si subtile en Katérina Ivanovna, dans le Karamazov de Jean Bellorini), Vanessa Fonte, Alain Fromager ou encore Thomas Morris interprètent avec talent leur galerie de personnages respectifs.

Plus encore, Geoffroy Rondeau, qui campait un Ivan convaincant dans Karamazov, notamment lors du célèbre monologue du Grand Inquisiteur, excelle véritablement sur scène dans le rôle ambigu, impartial jusque dans l’horreur, tourmenté jusqu’à la folie, du général Khloudov. À tel point que la dimension tragique de l’acte théâtral ou, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Macha Makeïeff, la Poétique du désastre semble parfois reposer sur lui seul.

Il reste que la première partie demeure souvent à la surface d’un burlesque sans ironie, sans rire, l’onirisme étouffant par endroits le drame – même rêvé, fantasmé, transpiré – qui se joue.

Étreinte de la pâte humaine

La seconde partie, à partir du cinquième songe, alors que la plupart des protagonistes ont fui la Russie pour Constantinople, semble peu à peu épouser l’humanité mutilée, presque sans vie, à l’image de ces automates vendus par l’ancien général Tcharnota (Vincent Winterhalter) devenu colporteur miséreux devant un manège de cafards.

Les Russes sont perdus dans cette vaste cité. Comme l’écrit Marie-Christine Autant-Mathieu dans Le théâtre de Mikhaïl Boulgakov, « à Constantinople le chaos est total, et c’est l’auteur qui nous aide à trouer l’opacité de cette Babel grouillante, bigarrée et polyglotte ». Il y a certes le personnage de Tcharnota pour tisser le lien narratif ; il y a encore la mise en scène de Macha Makeïeff qui, soudain, étreint non plus une situation, mais des hommes à la fois singuliers et formant une communauté.

C’est comme si nous vivions scéniquement l’impact de la pauvreté sur les personnages. L’appauvrissement des effets nous reconduit aux êtres concrets, et non plus génériques, à l’étreinte de la pâte humaine : le ridicule de la première partie n’étouffe plus l’humanité, mais la constitue pleinement. La tendresse de Macha Makeïeff rejaillit alors avec finesse, jusqu’à cette chorégraphie finale, fruit d’une collaboration avec Angelin Preljocaj, qui n’est pas sans rappeler ces tableaux minimalistes chorégraphiés par Pina Bausch.

Pierre MONASTIER

avec Pauline ANGOT



DISTRIBUTION

Adaptation, mise en scène, décor et costumes : Macha Makeïeff

Texte : Mikhaïl Boulgakov

Avec :

  • Pascal Rénéric : Goloubkov, un parieur russe
  • Vanessa Fonte : Sérafima, une jeune prostituée
  • Vincent Winterhalter : général Tcharnota, Barabantchikova, un soldat
  • Thomas Morris : l’évêque Africanus, Tikhi le chef du contre-espionnage, Maria, Antoine le valet de chambre
  • Geoffroy Rondeau : général Khloudov, le moine Païssios, une prostituée
  • Alain Fromager : Korzoukhine, un moine, Baïev le Rouge, un officier, un parieur, un voisin
  • Pierre Hancisse : Arthur Arthurovitch, l’Hégoumène, un soldat rouge, Nikolaïevna, Skounski
  • Sylvain Levitte : Krapiline, le spectre, le moine peureux, le chef de gare, une sentinelle, un Grec, le livreur
  • Samuel Glaumé : officier comte de Brizard, un moine, un soldat rouge, Gourine, un vétéran
  • Karyll Elgrichi : Liouska, le général Wrangel, un moine, un marin
  • Émilie Pictet : capitaine Golovan, un soldat blanc, un vétéran
  • et une petite fille

Crédits : Pascal Victor / ArtComPress

Lumière : Jean Bellorini

Collaboration : Angelin Preljocaj

Conseil à la langue russe : Sophie Bénech

Création sonore : Sébastien Trouvé

Assistanat au son : Jérémie Tison

Assistanat à la chorégraphie : Guillaume Siard

Coiffures et maquillage : Cécile Kretschmar

Assistanat à la mise en scène : Gaëlle Hermant

Assistanat à la lumière : Olivier Tisseyre

Assistanat à la scénographie et aux accessoires : Margot Clavières

Assistanat aux costumes et atelier : Claudine Crauland

Intervention et scénographie : Clémence Bézat – Pavillon Bosio (Monaco)

Iconographie et vidéo : Guillaume Cassar

Régie générale : André Neri

Régie costumes : Nadia Brouzet

Fabrication d’accessoires : Soux & Patrice Ynesta

Construction du décor : Ateliers du TNP Villeurbanne

Chef de chœur : Jérémie Poirier Quinot

Professeur d’accordéon : Maxime Perrin

Crédits des photographies : Pascal Victor / ArtComPress



DOSSIER TECHNIQUE

Informations pratiques

  • Public : à partir de 15 ans
  • Durée : 3h (plus entracte)

En téléchargement



OÙ VOIR LE SPECTACLE ?

Spectacle créé le vendredi 6 octobre 2017 au théâtre national de Marseille – La Criée.

Tournée



FIN



 

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