Les musiciens-relais : le festival d’Art Lyrique d’Aix investit dans la transmission créative

Parmi les nombreuses initiatives du festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, l’une a particulièrement retenu notre attention. Il ne s’agit ni des résidences artistiques dont le festival est à l’origine, ni du concours de création vidéo, ni des formations qu’il propose dans le cadre du festival, l’été. C’est la formation de musiciens-relais, dont Émilie Delorme, directrice de l’Académie du festival d’Aix, a accepté de nous parler.

Dans le but de « partager, transmettre, initier à la musique le jeune public et les publics dits empêchés (personnes handicapées ou en difficulté sociale, scolaire… », l’Académie du festival d’Aix s’est mis en tête de former des musiciens et des chanteurs-relais. « L’idée est venue en 2010, alors que le London Symphony Orchestra était en résidence chez nous, explique Émilie Delorme. Cet orchestre est célèbre pour ses projets musicaux originaux qui font participer le public. Les musiciens nous ont proposé de mettre en place des projets avec l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée. Mais les jeunes musiciens français ne savaient pas s’y prendre. De là est née l’idée de former des musiciens-relais. En France, on n’enseigne pas la création aux musiciens classiques. En Angleterre, à l’inverse, les musiciens sont tôt formés à la création. Il existe par exemple des résidences d’été pour les compositeurs. »

Encadrement, pédagogie et créativité

L’objectif est ainsi de permettre à de jeunes musiciens de faire partager leur savoir et leur passion à un public généralement réputé difficile. Il faut pour cela enseigner trois compétences, explique Émilie Delorme : « l’encadrement et la gestion d’un groupe ; la pédagogie ; l’enseignement créatif ». Quiconque a un jour enseigné ou tenté de transmettre un savoir à un autre, s’est heurté à l’incommunicabilité. Il ne suffit pas de posséder un savoir pour être capable de le transmettre. La transmission est encore plus difficile quand il s’agit d’un groupe composé d’intelligences et de facultés diverses. Elle est encore accrue si le public est supposé difficile. D’où l’utilité des formations assurées par de vrais pédagogues et des musiciens accomplis.

« Prenons un exemple, nous dit la directrice de l’Académie du festival d’Aix. Vous voulez expliquer à votre public ce qu’est une sonate, comment sa forme se reconnaît. Vous lui faites faire des exercices d’improvisation dans ce cadre, au bout de quelques heures, il reconnaîtra plus sûrement la sonate qu’il entendra en concert, que s’il n’avait eu qu’un enseignement théorique. A ceux qui veulent comprendre l’opéra, on propose par exemple des improvisations dans l’espace. »

Mélange musical et culturel

« Un autre avantage de cette formation est qu’elle mélange toutes sortes de musiciens, d’origines musicales et culturelles diverses. Chaque musicien apprendra de l’autre. » Pour les jeunes musiciens, il s’agit d’une formation enrichissante à toute point de vue.

Il existe quatre sessions de formation par an. L’une est dédiée aux chanteurs d’opéra, les autres aux instrumentistes. Tous les niveaux sont mélangés et il est possible de suivre la formation plusieurs années de suite. « Ainsi les musiciens formés finissent-ils par porter leurs propres projets, que nous accompagnons. Il s’agit en quelque sorte d’un entreprenariat culturel. »

Chaque groupe est formé d’une vingtaine de musiciens et la formation est théorique et pratique. « Le dernier jour, les musiciens-relais sont ainsi envoyés par groupes dans un IME (Institut Médico-Educatif) ou dans une classe de sixième, par exemple. »

Prochaines sessions et déploiement

En mai seront disponibles les formulaires d’inscription pour la saison 2017-2018. Le prérequis est de connaître son niveau artistique et de prouver sa motivation. La formation est entièrement prise en charge (hébergement compris) par l’Académie du festival d’Aix. Aucun diplôme n’est délivré mais une attestation de stage du service passerelle du Festival dont la réputation n’est plus à faire.

Et cette belle initiative fait des émules. « Le festival de Verbier a mis en place une formation de ce type », nous a confié Émilie Delorme.

Matthieu de GUILLEBON

Atelier chanteurs-relais de l’Académie du festival d’Aix-en-Provence avec une classe de 6e du collège Versailles de Marseille au Grand Théâtre de Provence le mardi 28 février 2017, Aix-en-Provence. Avec le musicien et pédagogue Mark Withers et la metteuse en scène Sybille Wilson.
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