Rebecca Marder, benjamine de la Comédie-Française, s’impose dans « Bajazet »

Depuis son entrée à la Comédie-Française, en juin 2015, Rebecca Marder – alors âgée de 20 ans – s’est contentée de petits rôles. Deux ans plus tard, la voici qui endosse avec talent le rôle de la jeune Atalide, amour d’enfance de Bajazet, dans la pièce éponyme de Racine, mise en scène par Éric Ruf. À 22 ans, elle confirme ainsi les espoirs de son mentor, en déployant les alexandrins raciniens avec force et finesse.

[avec AFP]

 

Une pièce difficile, montée au pied levé

Bajazet, qui déroule une intrigue compliquée dans le sérail du sultan de Constantinople au début du XVIIe siècle, est une des pièces les moins jouées de Racine. Il l’a écrite en 1672, à partir de faits réels qui se sont déroulés 30 ans plus tôt à Constantinople, à la cour du sultan Amurat, meurtrier de son frère Bajazet.

Éric Ruf, le patron de la Comédie-Française, grand amoureux de Racine qu’il a joué avec talent – notamment dans un Phèdre mis en scène par Patrice Chéreau -, a choisi la pièce pour remplacer au pied levé La cruche cassée, qui avait dû être déprogrammée en février.

Le pari était de taille : les comédiens n’eurent que quelque mois pour apprendre des centaines d’alexandrins, sans parler de la construction du décor et, pour le metteur en scène, la direction des acteurs dans une pièce réputée pour être particulièrement difficile.

Une distribution dominée par Clotilde de Bayser, Rebecca Marder et Denis Podalydès

Les femmes occupent le devant de la scène dans cette histoire dont l’intrigue conjugue subtilement amour et pouvoir : la sultane Roxane est interprétée par Clotilde de Bayser, amoureuse puis impitoyable lorsqu’elle découvre qu’elle a été dupée par Bajazet, tandis que la jeune Rebecca Marder incarne avec brio la jeune Atalide, amour d’enfance du héros.

Quant à l’infatigable Denis Podalydès, il déploie tout son talent dans le rôle du vizir comploteur Acomat, qui parvient à émouvoir dans son amour retenu pour Atalide. Si Clotilde de Bayser, Rebecca Marder et Denis Podalydès font la quasi unanimité du côté des critiques, ces derniers ne sont généralement pas d’accord lorsqu’il s’agit d’évoquer les autres rôles masculins et féminins.

Éric Ruf, qui signe la mise en scène et le décor, a choisi d’évoquer les secrets du sérail avec… des armoires normandes, curieusement alignées sur la scène du théâtre du Vieux-Colombier. Difficile, dès lors, de se projeter dans les moucharabieh des palais de Constantinople ! Quant à la population féminine du harem, elle est discrètement exprimée par les dizaines d’escarpins posés sur le plateau.

Bajazet est joué jusqu’au 7 mai au théâtre du Vieux-Colombier, Comédie-Française.

Élodie NORTO


Photo de Une : © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

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