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Richard Florida et la régénération des villes par la classe créative : gentrification ou inclusion ?

Richard Florida et la régénération des villes par la classe créative : gentrification ou inclusion ?
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L’urbaniste américain Richard Florida avait promis aux villes prospérité si elles réussissaient à créer un environnement attractif pour ce qu’il appelle la classe créative. Résultat, ces créatifs sont venus mais les prix ont flambé, renvoyant les populations d’origine à la banlieue.

Pour Richard Florida, qui a repensé son analyse depuis, la solution à ce problème viendrait du retour à un pouvoir plus local et à un effort pour inclure ces populations à la marge de cette classe créative.

Une thèse reprise et décriée

Attirez créatifs, « jeunes pro de la tech » et acteurs du secteur culturel, et vous obtiendrez une meilleure prospérité économique. Voilà, en résumé, quel était le leitmotiv de Richard Florida, géographe spécialisé dans l’urbanisme nord-américain, à la sortie de son best-seller The Rise of the Creative Class en 2002. Cette classe regrouperait ceux qui élaborent de nouvelles idées, technologies et contenus créatifs et ceux qui pratiquent des métiers tels que la haute technologie, le divertissement, le journalisme, la finance ou l’artisanat d’art.

Mais quatorze ans après, cette thèse est décriée pour son effet collatéral : la gentrification* des quartiers occupés par cette classe de créatifs et l’exclusion des populations d’origine à la périphérie. Le cocktail préconisé par Richard Florida consistait à transformer les villes et quartiers plus ou moins sinistrés en lieux où les hipsters voudraient venir s’installer, avec scène artistique et musicale vivante, et cafés branchés.

Les mesures mises en place par les villes qui ont fait appel à son expertise ont, certes, permis d’attirer le public recherché et entraîné les mutations économiques escomptées. Mais il s’est avéré que ces transformations ont surtout bénéficié aux populations riches et plutôt blanches et que, simultanément, ces territoires ont été accaparés par les spéculateurs immobiliers. Au final, l’idée de régénérer les villes par la présence des créatifs n’a fait que déplacer les problèmes et chasser les populations d’origine à la périphérie.

L’importance des populations en dehors de cette classe de créatifs

Critiqué par la droite, qui lui reproche d’avoir conçu un « programme gay » (du moins est-ce ainsi que le principal concerné résume cette critique), Richard Florida s’est aussi vu reprocher par la gauche de contribuer à la gentrification des quartiers.

Interviewé par le quotidien britannique The Guardian, il explique néanmoins ne pas regretter d’avoir défendu sa thèse, même s’il a pris conscience des aspects néfastes du mouvement de retour à la ville qu’il promouvait, ce qu’il développe dans son dernier ouvrage The New Urban Crisis (2017). Les limites de sa théorie lui sont d’abord apparues en 2010, lors de l’élection du populiste de droite Rob Ford à la mairie de Toronto, une ville pourtant créative et libérale. Il réalise à cet instant que ce qui est en jeu, c’est la division entre les grandes villes et les régions. Puis, plus tard, l’importance de la population en dehors de ces grands centres urbains créatifs lui a paru évidente lors de l’élection de Donald Trump aux États-Unis. C’est cet événement qui l’a poussé à remettre en question son concept.

Pour lui, qui décrit sa position théorique comme une fusion entre la pensée de Karl Marx, celle de l’économiste Joseph Schumpeter et celle de la philosophe de l’urbanisme et de l’architecture Jane Jacobs, c’est bien la classe ouvrière ou ce qu’il appelle la « classe de service » (service class en anglais) qui est à l’origine de ce vote. C’est donc aussi avec elle qu’il faut travailler.

Revenir au local et voter avec ses pieds

Dans ce nouveau livre, il montre d’une part que les villes les plus créatives sont aussi les plus inégalitaires, d’autre part que la ségrégation urbaine existe aussi sous forme de « patchwork », et pas seulement dans le centre-ville. Le problème consiste donc à réussir à inclure les populations d’origine dans la régénération des villes. Sa nouvelle analyse consiste à penser que le problème vient de l’État-nation. Selon lui, le pouvoir doit être ramené au niveau local, ce qui permettrait de « voter avec ses pieds et de choisir l’endroit où l’on veut vivre ». Il faut enfin que cette « classe de service » trouve sa place à ce niveau local.

Selon The Guardian, son nouveau livre se termine sur une série de principes qui devraient permettre de construire un nouvel urbanisme pour tous et qui soit plus inclusif. Richard Florida évoque de meilleurs emplois, des logements plus abordables, des transports publics de meilleure qualité et « un effort mondial pour construire des villes plus fortes et plus prospères dans les régions du monde émergent qui s’urbanisent rapidement ».

Chloé GOUDENHOOFT

* Le terme « gentrification » est l’objet d’un débat qu’il n’est pas question de trancher dans cet article. Il est compris ici dans le sens donné par Richard Florida et que nous résumons schématiquement ainsi : la venue des créatifs dans un quartier et le départ des populations d’origine, souvent plus pauvres, vers la banlieue.



Photographie de Une – Richard Florida (crédits : Jere Keys – Flickr)



 

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