Son & Urbanisme : des enjeux écologiques, culturels et humains

Des turbulentes émanations de la ville au repos désormais bien troublé des campagnes, le son est partout : bruit, musique, sirène… Autant de phénomènes que la récente 14e édition de la Semaine du Son a abordés. L’enjeu est écologique autant que social ! Dans l’enceinte de la Maison de l’Unesco à Paris avait notamment lieu une conférence résumant les différents travaux récents. Profession Spectacle y était…

Dès l’ouverture de la conférence, déception ! Contrairement à l’indication donnée dans le programme communiqué par La Lettre du Musicien, Ségolène Royal, ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, brille par son absence.

En revanche, les membres du comité de réflexion qui portent le projet et les enjeux de la Semaine du Son, eux, sont bien là :

  • Christian Hugonnet, acousticien à l’origine de la manifestation,
  • Frank Larue, assistant directeur général de la communication et de l’information de l’UNESCO,
  • Laurent Stefanini, ambassadeur de France à l’Unesco,
  • Khalil Karam, ambassadeur du Liban à l’Unesco,
  • et surtout Catherine Morin-Desailly, seule élue présente, présidente de la commission culture au Sénat.

Les discours introductifs se veulent enthousiastes : outre la proclamation des vertus insoupçonnées de l’écoute, l’emphase est mise sur les bienfaits d’une politique du son, attentive à mêler l’enjeu écologique de préservation des environnements sonores à l’enjeu culturel de diversité et à celui social du sacro-saint vivre-ensemble. Christian Hugonnet se félicite à ce sujet de la présence de Catherine Morin Desailly, « symbolique de l’intérêt que la représentation nationale et le parlement accorde à ce sujet ».

Intégrer la dimension sonore à l’urbanisme du XXIe siècle ?

Mais ne nous le cachons pas : l’atmosphère demeure quelque peu passive. On se félicite des recherches déjà accomplies, du co-parrainage de l’événement par le Liban et la France, ainsi que de la prochaine soumission au vote d’une résolution des Nations Unies visant à adopter la Charte du Son.

Il faut attendre les interventions d’architectes, d’acousticiens et de designers, plus tard dans l’après-midi, pour avoir les premières réponses à l’interrogation posée par l’intitulé même de la conférence : « Le Sonore pour un Nouvel Urbanisme ! ». Comment intégrer pleinement la dimension sonore aux nouveaux enjeux de l’urbanisme ?

Les détails et expertises de Cécile Regnault, Pascal Amphoux et Franck Faucheux se révèlent riches et dessinent les contours d’une authentique politique pour l’urbanisme et l’architecture de demain : une façon différente, plus réfléchie, de penser la séparation sonore des espaces, l’esthétisme auditif des lieux et l’utilisation par les habitants des caractéristiques sonores de ces endroits.

Penser la ville autrement

Les architectes énumèrent, dans cette perspective, les exemples de moyens à disposition des urbanistes, des matières utilisées dans la construction – plus ou moins réfléchissantes – aux formes des bâtiments eux-mêmes : des structures évasées évacueraient par exemple le surplus sonore vers le ciel et feutreraient le son ambiant au sol.

La loi elle-même doit cependant évoluer et prendre en compte l’évolution des connaissances de l’urbanisme : contrairement aux années 80, époque durant laquelle le premier souci des pouvoirs publics était les « nuisances sonores », conformément aux attentes de la population, la politique sonore doit devenir partie intégrante d’une « pensée de la ville ».

Un regret cependant : nul retour citoyen tout au long de cette journée ! Aucune association n’était présente ; nul habitant lambda, pourtant le premier concerné, n’est intervenu. C’est d’autant plus dommage que cela aurait peut-être permis de rendre compte de l’utilisation sonore et populaire des espaces imaginés par les urbanistes, souvent radicalement différente de la conception envisagée par l’architecte lui-même. On ne peut que conseiller aux politiques urbanistes de s’inspirer un peu des droits culturels, et de réfléchir aussi la ville de demain en co-construction et en co-imagination avec les personnes !

Maël LUCAS

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