Une Roue qui doit encore tourner

« La Roue tourne » vous connaissez ? Il s’agit de cette association d’entraide aux artistes qui propose notamment ses fameuses enveloppes-surprise lors de certains spectacles. Coup de projecteur sur une institution solidaire qui n’a pas dit son dernier mot.

Tout a commencé en 1943. Paul Azaïs, acteur de cinéma (135 films !), rentrant à vélo d’un tournage au studio, est heurté par une voiture. Souffrant d’une fracture du crâne, il passe vingt jours dans le coma. A la catastrophe s’ajoute la détresse : selon les règles de l’époque, il lui manque trois jours de cotisations pour bénéficier d’une couverture sociale. Il faudra de longues années à Paul Azaïs pour retrouver une vie personnelle et professionnelle à peu près normales.

Aidé de son amie Janalla Jarnach, restauratrice, mais aussi ancienne résistante, Paul Azaïs fonde alors La Roue tourne, le 15 mai 1957, pour éviter à d’autres artistes de subir ce qu’il a connu. Dès le début, les fondateurs bénéficieront d’un comité d’honneur regroupant les grands noms du spectacle, à commencer par Michèle Morgan et Jean Marais, sous la présidence de Fernandel. Au cours des années, on trouvera d’ailleurs dans ce comité d’honneur, outre les gens du spectacle, des académiciens comme Joseph Kessel ou Jean Cocteau, et même un homme politique comme le docteur Bernard Lafay, ministre de la IVème République et qui fut le dernier président du conseil de Paris.

De quoi s’agit-il ?

Tout simplement d’aider les professionnels du spectacle en situation difficile. Comme le dit Jeanine Chaponnay, la secrétaire de l’association : « Il y a d’abord l’aide matérielle. Cela se manifeste par exemple pour le règlement des factures en retard, et puis il y a aussi le soutien moral aux personnes en situation de solitude. En 2010, nous avons soutenu 420 artistes. » Chaque cas est étudié individuellement, « sans porter de jugement » est-il précisé dans les documents de l’association.

Tout cela évidemment coûte cher. Pour son financement, La Roue tourne s’appuie sur les collectes réalisées à l’occasion de fêtes ou de galas à son profit, mais aussi sur les dons et legs, des subventions, ainsi que sur les fameuses « petites enveloppes » vendues aux entractes. Il y a également la vente des produits dérivés. C’est ainsi que l’association a publié un CD de Jacqueline Boyer vendu à son profit.

Un financement plus difficile

Mais le temps des vaches grasses semble passé. « Depuis dix ans, nos ressources ont beaucoup diminué, précise Jeanine Chaponnay. Aujourd’hui, les soutiens sont plus réservés, les donateurs se font rares. Et puis, il y a l’argent public, les subventions qui fondent. Surtout, les entractes ont pratiquement disparu, notamment dans les cinémas, et avec eux la possibilité de vendre nos enveloppes. Nous souffrons également de la concurrence d’autres associations : chaque artiste veut pousser la sienne et nous sommes moins accueillis ».

Pour autant, La Roue tourne compte encore de fidèles soutiens, à commencer par celui de Serge Lama, aujourd’hui lamaprésident du comité d’honneur et qui accueille l’association à tous ses spectacles. Et puis il y a encore les quelques subventions qui viennent de l’ADAMI ou de la SACEM, sans parler des dons d’associations comme le Lyons Club. C’est déjà beaucoup mais encore insuffisant.

« Malgré tout, nous essayons de tenir le choc », ajoute Jeanine Chaponnay, qui évoque la recherche de sponsors et de soutiens parmi les artistes en vue qui ne connaissent peut-être pas encore bien La Roue tourne, mais dont les noms s’ajouteront à ceux de leurs prestigieux anciens.

Tenir le choc, il le faut bien, et même mieux encore puisque, si les ressources baissent, la demande ne cesse de croître avec le durcissement du statut des intermittents et les difficultés économiques du secteur artistique. On n’a pas fini de frapper à la porte de ce local du 17ème arrondissement parisien où les bénévoles de La Roue tourne restent fidèles au poste, prêts à accueillir d’autres « accidentés de la vie ».

Décidément, le monde du spectacle a toujours besoin d’espaces solidaires comme La Roue tourne.

 

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