Ce 22 octobre 2021, l’auteur-compositeur-interprète Georges Brassens aurait fêté ses 100 ans. Décédé quelques jours après son 60e anniversaire, Brassens fait partie de ces artistes prolifiques et incontournables qui ont profondément marqué et influencé l’histoire de la chanson française. La preuve avec notre TOP 5 (très) subjectif.

Libertaire, anarchiste, antimilitariste et anticlérical, Georges Brassens est connu pour son amour de la langue, sa fidélité en amitié, sa profonde humilité et son humour souvent décapant.

« J’ai un certain talent pour faire se rencontrer les mots. Je ne suis pas un très grand poète, pas non plus un très petit, confiait humblement l’artiste, indissociable de sa moustache, sa pipe et sa guitare. La poésie, c’est un mot, un peu gros. Un poète, ça vole quand même plus haut que moi. »

Amoureux de poésie et de littérature, celui qui rêvait d’être écrivain a laissé derrière lui pas moins de deux cents chansons à l’écriture sophistiquée, minutieuse, spirituelle et bien souvent sarcastique. Ce qui nous a donné envie de dresser un TOP 5, subjectif bien sûr, de ses meilleures chansons.

 5/ La traîtresse (1961)

« Trouverais-je les noms, trouverais-je les mots
Pour noter d’infamie cet enfant de chameau
Qu’a choisi son époux pour tromper son amant
Qu’a conduit l’adultère à son point culminant
« 

Un peu tombé dans l’oubli, ce titre mérite pourtant le détour : une chanson bien troussée dans laquelle on écoute un Georges Brassens bougon dans le rôle d’un amant cocufié. Empruntant aux codes du vaudeville, l’écriture n’en demeure moins jouissive d’humour et d’autodérision. Une fois de plus, Brassens démontre son aisance à manier les mots, de telle sorte que profondeur et légèreté s’associent pour notre plus grand plaisir.

4/ Mourir pour des idées (1972)

« Qui prêchent le martyre
Le plus souvent d’ailleurs, s’attardent ici-bas
Mourir pour des idées
C’est le cas de le dire
C’est leur raison de vivre, ils ne s’en privent pas
« 

Voilà une chanson enregistrée tardivement dans sa carrière ! Brassens écrit ce célèbre titre en réponse à sa chanson très polémique Les deux oncles, chantée presque dix ans plus tôt, farouchement antimilitariste et qui suscita la foudre des critiques et l’inimitié chez certains de ses admirateurs. Mourir pour des idées, en quelque sorte, développe et argumente son propos, tout en le modérant quelque peu.

C’est néanmoins ce titre qui illustre peut-être le mieux la facette anarchiste de l’artiste, qui condamne fermement tout type d’idéologie, en soulignant l’absurdité du fanatisme quel qu’il soit. Cette chanson, que Jean-Jacques Goldman a un jour qualifié « d’obscène », semble pourtant bien d’une actualité brûlante, et face à bien des comportements, on ne peut s’empêcher d’avoir en tête cette phrase ironiquement géniale : « Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente. »

3/ La mauvaise éducation (1952)

« Je ne fais pourtant de tort à personne
En laissant courir les voleurs de pommes
Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
« 

Dans cette chanson tout en octosyllabes – avec quelques décasyllabes tout de même – qui impliquent des élisions, Brassens met en exergue l’un de ses traits de caractère bien marqué : son anticonformisme. Interdite d’antenne lors de sa sortie, Brassens s’en donne à cœur joie. Tout le monde en prend pour son grade : les bourgeois, les militaires, les « bien-pensants », les religieux, dans un crescendo pittoresque. On ne peut s’empêcher de prendre un plaisir coupable en réécoutant cet éloge incisif de la marginalité.

2/ Je me suis fait tout petit (1956)

« J’étais dur à cuire, elle m’a converti
La fine mouche
Et je suis tombé tout chaud, tout rôti
Contre sa bouche
« 

Impossible de ne pas citer ce grand classique du répertoire de Georges Brassens ! Dédiée à sa compagne de toujours, Joha Heyman, qu’il surnommait « Püpchen » (poupée en allemand), cette chanson allie subtilement tendresse et sarcasme, comme Brassens en avait l’habitude lorsqu’il s’agissait de parler de femmes. Cette chanson, dont l’air sautillant est gravé dans toutes les mémoires, nous dévoile un autre visage de l’artiste libertaire, qui finalement accepte de se mettre la corde au cou…

1/ Les passantes (1972)

« Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
À tous ces bonheurs entrevus

Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus
« 

C’est sans – trop de – surprise que cette chanson figure à la première place de ce TOP 5. Teinté d’une mélancolie déchirante, ce titre nous prouve que Brassens est aussi capable de nous tirer quelques larmes.

Pourtant, si Brassens écrit presque tous ses textes lui-même, celui des passantes est tiré d’un poème écrit en 1911 par Antoine Pol ; il serait probablement resté dans l’anonymat si, un jour, Brassens n’était tombé par hasard sur ce recueil chez un bouquiniste.

Si, aujourd’hui, on taxe parfois l’œuvre de Georges Brassens de misogynie, prenons le temps de réécouter cette ode dédiée aux femmes, sublimement mise en musique et interprétée.

Maïlys GELIN

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