Instant classique – 11 juillet 1791… 229 ans jour pour jour. Le 30 mai 1790, douze ans après la mort de Voltaire – alors enterré à Romilly, dans l’Aube – et après bien des atermoiements et des débats, l’Assemblée nationale décrète que « ses cendres seront transférées de l’église de Romilly à celle de Sainte-Geneviève à Paris », le Panthéon. L’effervescence est dès lors vive.

Les révolutionnaires veulent donner un très grand lustre à la cérémonie. On demande donc au peintre Jacques-Louis David de mettre cette dernière en scène, au poète Marie-Joseph Chénier (le frère de l’autre) d’écrire un hymne et au compositeur François-Joseph Gossec de mettre tout ceci en musique.

Le transfert est programmé pour le 11 juillet 1791. Dès le 6, le catafalque quitte Romilly encadré par la Garde nationale. Sur tout le parcours, le peuple se presse et acclame la dépouille du philosophe. Le cortège parvient à Paris le 10, accueilli par le maire, Bailly. On s’arrête d’abord à La Bastille, à l’emplacement de la forteresse démantelée, où Voltaire avait été enfermé sur lettre de cachet soixante ans auparavant. Une première inscription sur les ruines y proclame : « Reçois en ce lieu où t’enchaîna le despotisme, Voltaire, les honneurs que te rend la Patrie. »

Le lendemain, un cortège solennel emmené par les élèves des Beaux-Arts tenant un buste couronné de Voltaire et accompagnés d’une foule bigarrée et compacte, s’élance en direction de la colline Sainte-Geneviève. On passe sur les actuels Grands boulevards pour s’arrêter devant l’Académie de musique (cf. infra). On prend ensuite soin de descendre jusqu’aux Tuileries, sous le nez de Louis XVI, rentré quelques semaines auparavant et beaucoup plus piteusement de sa fuite à Varennes. On traverse ensuite la Seine et on s’arrête sous un arc de verdure d’où descendent des roses, devant l’hôtel de Villette, sur l’actuel quai Voltaire, où l’on voit aujourd’hui la plaque rappelant qu’il y vécut et y mourut. La marquise de Villette, l’hôtesse des lieux et fameuse « belle et bonne » de Voltaire qui la considérait comme sa fille et qui l’avait sortie du couvent, très émue, s’avance avec sa petite fille et ceint le buste d’une « couronne civique » avant de serrer le buste dans ses bras sous de grandes acclamations. On passe ensuite devant l’ancienne Comédie -Française, rue des Fossés Saint-Germain où une autre inscription dit : « À 17 ans, il fit Oedipe. » Devant le théâtre de la Nation, devenu depuis théâtre de l’Odéon, une autre affiche lui répond : « Il fit Irène à 83 ans. » Puis on arrive au Panthéon, cette église Sainte-Geneviève où l’on ne voit ce jour là aucun membre du clergé…

Gossec, pour cette cérémonie grandiose, est sollicité deux fois. Une première à l’Opéra, rebaptisé depuis peu « Académie de musique » et qui se trouve alors boulevard Saint-Martin. Là, un chœur énergique et plutôt martial, tiré du premier acte de Samson de Rameau, dont le livret avait été écrit par Voltaire, proclame « Peuple, éveille-toi, romps tes fers ! », avec un orchestre d’harmonie et percussions, qui font vive impression et préfigurent ce qu’un Berlioz fera quelques décennies plus tard dans ce type de circonstances

Puis, devant l’hôtel de Villette dont je parlais précédemment, sur l’actuel quai Voltaire, un chœur plus doux et mélodieux entonne un « Hymne à Voltaire », dont je vous propose ici l’Invocation.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »