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11 mars 1867 : l’opéra en français de Verdi « né dans le feu et les flammes »

11 mars 1867 : l’opéra en français de Verdi « né dans le feu et les flammes »
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Instant classique – 11 mars 1867… 152 ans jour pour jour. Lorsqu’en juillet 1865, Léon Escudier, ami de Giuseppe Verdi, se rend à la propriété de ce dernier à Sant’Agata, non loin de Parme, il ne doit pas en mener large. Il est mandaté par Émile Perrin, directeur de l’Opéra de Paris, qui veut passer commande d’un grand opéra en vue de l’Exposition universelle qui débutera dans la capitale française 18 mois plus tard.

Or, on le sait, Giuseppe Verdi maugrée beaucoup dès qu’il s’agit de cette « grande boutique » qui lui avait donné tant de motifs d’énervement lors des « Vêpres siciliennes », dix ans plus tôt. Verdi était depuis retourné à Paris pour régler l’adaptation de son Macbeth. Approché une première fois par Perrin à cette occasion, Verdi avait sèchement refusé de mettre en musique une Judith, initialement prévue pour Meyerbeer, mort l’année précédente. L’opération Escudier a donc pour but de ramener Verdi à de meilleurs sentiments et Perrin espère bien rallier la compagne du compositeur grognon, Giuseppina Strepponi, à sa cause.

Escudier propose deux projets des librettistes Camille du Locle et Joseph Méry : une « Cléopâtre » et une adaptation du Don Carlos de Schiller. Verdi choisit cette dernière, « drame magnifique », sans hésiter. Marché conclu par un contrat signé à Paris le 12 décembre suivant. Joseph Méry meurt quelques mois plus tard et c’est Camille du Locle qui achève à grand-peine le livret infernal, d’autant que Verdi, comme à son habitude, participe très activement à sa rédaction de manière à ce qu’elle colle à sa musique et à ses vœux dramatiques, malgré son français hésitant.

La composition de la partition donne beaucoup de fil à retordre à Verdi. En mai 1866, deux actes sur les cinq sont achevés, le second ayant particulièrement fatigué le compositeur (« la scène entre le roi et Posa m’a fait cracher les poumons ! » ou encore : « créer un opéra en français est un travail de bœuf ! »). Il tente même d’annuler le contrat pour protester contre la politique de la France à l’égard de la poursuite de l’unification italienne, à la suite de la défaite autrichienne contre la Prusse, mais sans succès.

La partition terminée, les répétitions commencent en août et l’intransigeance de Verdi conduit à en faire 270… tout en déplorant que tout soit si long à Paris, tant tout le monde lui paraît manquer de discipline (une tradition française !). De sombres histoires de jalousies entre interprètes achèvent de l’excéder et Verdi doit même atténuer le rôle de Carlos pour le mettre au niveau du ténor Monère, jugé trop faible. D’ultimes coupures, dont le chœur introductif, sont réalisées pour que l’opéra soit un peu moins long et permettre aux spectateurs de prendre leur dîner, d’assister au spectacle et ne pas risquer de manquer les derniers trains pour les banlieues.

La création dans ces conditions est loin d’être un triomphe. Théophile Gautier se dit « fasciné », mais Georges Bizet se montre très critique. Ce Don Carlos parisien ne satisfaisait pas Verdi non plus, qui ne cesse de le réviser pendant les vingt ans qui suivent, jusqu’à la version en cinq actes et en italien dite de Modène en 1886.

Parmi les moments forts de ce qui constitue malgré tous ces événements un immense chef-d’œuvre de l’art lyrique, le fameux serment entre Carlos et Posa est sans doute à lui seul un monument, mais il y en a tant d’autres. Le voici dans sa version originale en français, lors de la fameuse production de Luc Bondy au Châtelet en 1996, avec Roberto Alagna et Thomas Hampson, sous la baguette d’Antonio Pappano.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



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