Instant classique – 12 juillet 1937… 83 ans jour pour jour. Le premier concerto pour piano d’Aram Khatchatourian est composé durant l’année 1936, sous la supervision de Serge Prokofiev. Khatchatourian vient alors de quitter le Conservatoire et se perfectionne dans l’écriture orchestrale, qui sera chez lui toujours foisonnante, épique et d’aucuns diront un peu lourdingue.

Mais ce sont des mauvaises langues, car il y a chez Aram Khatchatourian un souffle indiscutable et aussi des nuances plus fines même au sein de ces grandes fresques majestueuses qu’il affectionne. On s’ennuie rarement dans sa musique colorée et rythmée. Le concerto est créé voici quatre-vingt-trois ans à Moscou par le pianiste Lev Oborine sous la direction de Lev Steinberg.

Mais sa diffusion au disque assurera sa popularité (assez relative aujourd’hui, malgré son intérêt) et c’est un jeune pianiste virtuose, incroyablement prometteur, qui le permettra. William Kapell n’est pourtant pas le premier à enregistrer l’œuvre. Avant lui, c’est Moura Lympany qui grave le premier vinyle, en 1945.

L’année suivante, sous la direction de Serge Koussevitsky – alors tout puissant patron de l’orchestre symphonique de Boston -, le jeune William Kapell (vingt-quatre ans) frappe un grand coup. Cet enregistrement devenu légendaire, associé à de nombreux concerts durant lesquels il reprend la même œuvre, aboutissent rapidement à identifier cette œuvre à son interprète, au point d’appeler le concerto « Khatchaturian Kapell ». La poésie de son jeu (deuxième mouvement), son sens du rythme si essentiel chez Khatchatourian, sa fougue, sont terriblement séduisants, jusqu’au finale, échevelé. C’est cet enregistrement que je vous propose ici, dans un son très honorable malgré son âge (1946). Hélas, William Kapell allait connaître une fin tragique dans un accident d’avion à 31 ans à peine, en octobre 1953.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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