Instant classique – 14 décembre 1924… 95 ans jour pour jour. Ottorino Respighi est, avec Casella ou Malipiero, l’un des artisans principaux du renouveau symphonique de la musique italienne jusqu’ici presque exclusivement consacrée à l’opéra, même si un Martucci, un peu plus tôt avait déjà initié ce mouvement souvent très intéressant par son originalité.

Élève de Rimsky-Korsakov, Respighi admirait profondément Debussy et Strauss, déployant lui-même des trésors de luxuriance et de finesse. Si la plupart de ses œuvres sont aujourd’hui peu jouées, ce n’est pas le cas de sa trilogie romaine, commencée en 1916 avec une promenade parmi les Fontaines de Rome, créées il y a cent ans.

En 1923, avant de clôturer le cycle avec les Fêtes romaines, il écrit un poème symphonique en quatre parties intitulé Pins de Rome, qui constitue son œuvre la plus populaire. On trouve d’abord les pins de la Villa Borghese, gorgés de soleil et parmi lesquels jouent et courent des enfants, suivis des lugubres et mystérieux pins près d’une catacombe. Puis le temps semble s’arrêter sur le Gianicolo où l’on entend les oiseaux (Respighi a inscrit sur la partition le chant d’un oiseau enregistré), avant que, durant une ultime promenade sur la merveilleuse Via Appia antica bordée elle aussi de pins magnifiques, surgisse soudain toute l’armée romaine.

Quand je m’y baladais moi-même, souvent, cette musique écrasante me revenait toujours alors que les lieux sont d’une paix souveraine, et j’avais l’impression qu’allait se dresser devant moi César et ses légions. Bien sûr, et malheureusement, les fascistes en ont fait leurs choux gras…

Pour écouter ce chef-d’œuvre évocateur, j’aurais pu choisir parmi les centaines d’enregistrements, ceux qui paraissaient les plus confortables, les mieux réalisés, les plus beaux en d’autres termes, avec des Pini della Via Appia en technicolor.

J’aurais même pu vous proposer Toscanini lui-même, qui adorait cette partition et dont il existe un enregistrement filmé qui le montre la dirigeant encore à quatre-vingt-cinq ans (mais le son est vraiment impossible). Mais non, j’ai plutôt préféré vous proposer un enregistrement sans doute inconfortable, mais qui vous fait entendre l’art extraordinaire d’un chef qui avait alors trente-cinq ans et qui était l’héritier direct dudit Toscanini qui en avait fait son fils spirituel, Guido Cantelli. Doté d’une formidable autorité et d’un sens inné du rythme et des atmosphères, Cantelli aurait été l’un des très grands chefs du siècle. Hélas, il est mort tragiquement, peu après cet enregistrement, dans un accident d’avion à Orly en novembre 1956.

Cet anniversaire est donc une occasion de lui rendre hommage.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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