Instant classique – 15 janvier 1934… 87 ans jour pour jour. Nikolaï Miaskovski compose la treizième de ses vingt-sept symphonies, une œuvre assez originale, d’un seul mouvement relativement bref et dans une tonalité des plus lugubres, qui ne ressemble à aucune autre.

Nikolaï Miaskovski est un autre exemple de compositeur qui l’est devenu sur le tard après avoir fait autre chose. Comme papa, il était voué à une carrière militaire et avait commencé dans ce sens. Mais lorsqu’on a une maman cantatrice, difficile d’échapper à la musique, pour laquelle il avait reçu une formation. Et puis, une audition de la symphonie Pathétique de Tchaïkovsky le décide subitement à tout renverser.

Reçu au conservatoire de Saint-Pétersbourg, il reçoit l’enseignement de Rimsky-Korsakov et de Glière et devient un ami très proche de Prokofiev. Il deviendra aussi l’un des musiciens phares de la période soviétique, durant laquelle il enseigne à Moscou. Il est l’auteur de nombreuses œuvres et notamment de vingt-sept symphonies, influencées par Tchaïkovski et Scriabine, et dont la treizième comporte plusieurs originalités. Elle est dans un seul mouvement, relativement bref, et surtout dans une tonalité des plus lugubres. Il la réalise en quelques semaines et elle est présentée à Moscou voici quatre-vingt-sept ans.

Prokofiev, alors exilé à Paris, veut y organiser la première française, mais en apprenant que le concert serait financé avec le soutien de syndicats, Miaskovski recule, craignant que la modernité de son œuvre ne soit pas comprise. Mépris de classe ?

Cette symphonie ressemble furieusement à un poème symphonique, dont le côté uniformément sombre traduit peut-être la tristesse du compositeur, à qui les exigences artistiques du régime ne pouvaient sans doute pas convenir. Lui-même souligne peu après que son œuvre est très pessimiste et très inhabituelle. Le fait est qu’elle ne ressemble pour ainsi dire à aucune autre.

Cédric MANUEL

 



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