17 mai 1919… 102 ans jour pour jour – Maurice Ravel met tout son génie pour dessiner une Espagne pleine de lumière et de sensualité, de danse et d’ironie. La création de cette merveille a lieu voici tout juste cent deux ans aujourd’hui à Paris.

« Alborada del Gracioso », c’est à l’origine la quatrième pièce des « Miroirs » pour piano, écrite en 1905. Il s’agit de « L’aubade du bouffon », un personnage qu’on pourrait comparer à ceux de la Commedia dell’arte, mais en Espagne et dans l’univers des comédies de Lope de Vega ou de Calderon. En fait, c’est un homme d’âge plutôt mûr qui s’essaie à la sérénade pour conquérir une femme nettement plus jeune, mais qui le fait avec toute la maladresse imaginable.

En 1918, comme il le fait pour d’autres de ses partitions pour piano, Maurice Ravel orchestre Alborada et c’est peu dire qu’il met tout son génie pour dessiner une Espagne pleine de lumière et de sensualité, de danse et d’ironie. La création de cette merveille a lieu voici tout juste cent deux ans aujourd’hui à Paris, avec l’orchestre Pasdeloup, dirigé par Rhené-Baton.

Je vous propose ici une autre merveille, qui est ressortie récemment dans l’une des compilations réalisées à l’occasion du centenaire de Leonard Bernstein chef d’orchestre. C’est l’enregistrement devenu légendaire avec l’orchestre national de France en 1975, à l’occasion d’un autre centenaire, celui de la naissance de Ravel. Concert mythique (il suffit d’entendre le public) où l’on reste confondu devant le sens du rythme, l’engagement, la transparence de l’orchestre.

Dans le coffret dont je parlais se trouve également la répétition avec l’orchestre avant ce concert historique, pris également sur le vif. C’est fascinant d’entendre Bernstein, dans son français parfait mais avec un très fort et merveilleux accent, s’adresser avec beaucoup de tendresse à l’orchestre mais aussi avec une détermination implacable pour obtenir ce qu’il veut. Il fait ainsi répéter une bonne demi-douzaine de fois l’entrée du basson solo jusqu’à être satisfait de l’accentuation sur la « petite note ». C’est l’un des grands concerts de l’histoire de l’orchestre national de France, un de ceux pour lesquels l’on aurait aimé inventer une machine à remonter le temps.

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride