Instant classique – 18 janvier 1874… 147 ans jour pour jour. Ce jour là, au théâtre du Châtelet, c’est l’événement : le virtuose espagnol du violon, Pablo de Sarasate, crée un concerto d’Édouard Lalo, grand maître de la mélodie. Une œuvre pleine d’invention, sacrifiant beaucoup à la technique et à la virtuosité.

Édouard Lalo approche de la cinquantaine lorsqu’il rencontre Pablo de Sarasate, le grand violoniste virtuose espagnol, presque aussi fameux que le diabolique Paganini, son déjà lointain aîné. C’est une rencontre fondamentale pour le compositeur, qui résumera plus tard ainsi son importance dans une lettre au violoniste : « Ton apparition dans ma vie a été ma plus grande chance d’artiste… sans toi j’aurais continué à écrire des bribes insignifiantes… je dormais, tu m’as réveillé… tu as été pour moi l’air vivifiant. » Rien de moins.

Et c’est donc pour lui qu’il écrit en 1873 un concerto pour violon, son premier, qui précède d’autres œuvres de même nature : le concerto « russe » et surtout la partition qui restera la plus fameuse, sa symphonie espagnole.

Négligé et pas toujours bien commenté par la critique, le concerto pour violon, créé par Pablo de Sarasate voici tout juste cent quarante-sept ans au théâtre du Châtelet à Paris, est pourtant plein d’invention de même qu’il est doté d’une veine mélodique fort intéressante. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques de Lalo, qui était un maître de la mélodie. À un élève qui lui demandera quel est le secret de celle-ci, et comment la rendre belle et attirante, Lalo répondra : « C’est l’éternelle question des conditions du beau, question que je crois insoluble malgré tous les bouquins écrits sur ce sujet. » Fermez le ban.

Le concerto sacrifie cependant beaucoup à la technique et à la virtuosité et il était évidemment fait pour ça, pour son dédicataire. Cependant, son premier mouvement reflète bien ce souci de Lalo de trouver des tons mélodieux, énergiques et attrayants et c’est donc pour cela que j’ai choisi cet extrait, dans un des rares enregistrements de cette œuvre, par le violoniste Olivier Charlier et sous la baguette de Yann-Pascal Torterlier. Deux Français, mais avec un orchestre britannique, le BBC Philharmonic.

Cédric MANUEL



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