Instant classique – 19 février 1929… 91 ans jour pour jour. Le troisième quatuor à cordes de Béla Bartók est peut-être le moins accessible des six qu’il a écrits. Vous voilà prévenus !

Béla Bartók le compose en 1927, dix ans après le précédent, et le dédie lors de la création – à Londres par le quatuor Waldbauer-Kerpely – à la « Musical Fund Society » de Philadelphie, qui avait récompensé Bartók de son premier prix de musique de chambre l’année précédente, ex-aequo avec Alfredo Casella.

Il semble que l’inspiration de ce quatuor lui soit venue après avoir entendu la Suite lyrique de Berg lors d’un concert à Baden-Baden à l’été 1927. Ni une, ni deux, il se met à son quatuor juste après. C’est le plus difficile des six et aussi le plus court (à peine un quart-d’heure), à partir de lignes mélodiques vite brisées et très courtes. On reconnaît là le style développé par Berg dans ses œuvres, précisément. Les motifs évoluent de plus en plus vite, s’opposent et se confrontent dans une sorte de construction toujours plus complexe.

Bartók recourt à de nombreuses techniques assez audacieuses : « sul ponticello », qui consiste à porter l’archet aussi près que possible du chevalet de l’instrument à cordes ; « col legno », qui consiste comme le mot l’indique, à jouer plutôt avec le bois de l’instrument et non avec les cordes ; multipliant également les « glissando », très reconnaissables, qui vous feront penser à un film de Hitchcock. À vrai dire, malgré les réminiscences de chants populaires hongrois, comme toujours avec Bartók, l’atmosphère de l’œuvre est assez oppressante.

On peut compter sur les virtuoses du Quatuor Juilliard pour affronter cette assez redoutable partition avec une forme de génie.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »