Instant classique – 2 mars 1940… 81 ans jour pour jour. Paul Claudel écrit une danse des morts, inspiré par les œuvres d’Holbein le Jeune qu’il découvre à Bâle. Dans la foulée du succès de Jeanne d’Arc au bûcher, Arthur Honegger s’empare du texte et compose une œuvre musicale en sept parties, dont une danse des morts, très étrange, agitée et sarcastique où l’on entend des tas d’os danser la carmagnole sur le Dies Irae.

Le succès de Jeanne d’Arc au bûcher n’a pas tardé à remettre au goût du jour une autre collaboration entre Paul Claudel et Arthur Honegger. C’est d’ailleurs en visitant les musées de Bâle, à l’occasion de la création de Jeanne en 1938, que Claudel est frappé par les nombreuses œuvres qu’on y trouve ayant pour thème la mort et la danse autour de la mort, notamment celle d’Holbein le Jeune au musée des Cordeliers de la ville. Cela lui donne l’idée d’un texte pour un court oratorio.

« Ce qui me frappa, écrit-il pour raconter sa découverte, ce fut beaucoup moins le caractère sinistre, et comme on dit macabre, de ces interventions du maigre camarade auprès de ses clients successifs, que leur caractère allègre, entraînant et musical. Quel contraste entre ce leste et dégagé arlequin et la pesante créature dont il s’est fait le chevalier servant. »

Nul doute qu’il aurait pensé différemment s’il avait visité (et il l’a évidemment fait !) les innombrables musées italiens dans lesquels il aurait ingurgité force annonciations, crucifixions, descentes de la croix et autres supplices de pauvres saints. Là, c’est la valse des cubitus et des fémurs qui aiguisent son inspiration. Pour autant, avec Claudel, le message strictement religieux n’est pas loin. Dans son texte, il est beaucoup question de poussière d’où nous venons et à laquelle nous retournerons aussi sûrement que la Terre est ronde. Il reçoit aussi à la figure de Pierre et de son Église.

Il propose son idée à Paul Sacher, dont l’orchestre à Bâle a créé Jeanne. Le chef ne se fait pas prier et lance le projet auquel il associe évidemment Arthur Honegger. Ce dernier, inspiré par le sujet et par ailleurs guidé par des indications comme toujours très précises de l’écrivain, compose sa partition entre août et décembre 1938. L’œuvre est créée voici quatre-vingt-un ans à Bâle, hors des tourments guerriers qui commencent à nouveau à labourer l’Europe, mais qui donnent à la création un écho étrange.

L’œuvre compte sept parties qui débutent par – comme le voulait expressément Claudel – un formidable coup de tonnerre. C’est la seconde que je vous propose ici puisqu’elle donne son titre à l’oratorio entier : la danse des morts, très étrange, agitée et sarcastique où l’on entend des tas d’os danser la carmagnole sur le Dies Irae. Ici dans un enregistrement historique dirigé par Charles Munch avec une sacrée brochette, dont Jean-Louis Barrault en récitant.

Cédric MANUEL

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Photographie à la Une : Holbein le Jeune, Danse Macabre. XXXI. Le chevalier (détail)
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