Instant classique – 21 janvier 1937… 84 ans jour pour jour. La musique de Bartók compte parmi les plus grand chefs-d’œuvre de la musique du XXe siècle. La preuve avec une œuvre fascinante : Musique pour cordes, percussion et célesta.

C’est le chef d’orchestre Paul Sacher, patron de l’orchestre de chambre de Bâle, qui commande à Béla Bartók une œuvre nouvelle en 1936, pour célébrer les dix ans de sa formation. Le compositeur hongrois, alors quinquagénaire, est dans une phase plutôt heureuse de sa vie artistique, enfin reconnu et en pleine possession de son génie créateur. Il imagine donc une œuvre totalement novatrice, qui ne se raccroche à aucun genre, aucune forme préétablie, d’où le nom de « musique ».

Comme Bartók est passionné de mathématiques (il en faut), il construit par ailleurs sa partition selon des principes géométriques assez savants, notamment autour du nombre d’or, même s’il n’a pas laissé, à ma connaissance, de témoignage attestant que tel a bien été son schéma conducteur, ce qui a ouvert la voie à une polémique entre musicologues dans laquelle nous n’entrerons donc pas. Ce qui est certain, en revanche, c’est la fascination que peut provoquer cette musique, qui compte parmi les plus grand chefs-d’œuvre de la musique du XXe siècle. Autre chose certaine, Bartók y utilise des thèmes et des rythmes folkloriques, qu’il a étudiés toute sa vie (le dernier mouvement y fait immédiatement penser).

On n’entend ici que des cordes, des percussions et un célesta. D’où le titre de l’œuvre, à nul autre pareil. On aurait pu ajouter un piano, d’ailleurs. Les quatre mouvements sont fascinants, mais le plus extraordinaire de tous est sans doute l’adagio central, qui vous rappellera un certain film avec les grands couloirs vides et terrifiants d’un immense hôtel isolé et désert… Si, si, cherchez bien… Outre l’ambiance un peu oppressante, vous y entendrez de rares et impressionnants glissandi de timbales, des accords de cordes trillés, des entrelacs entre harpe, cordes et célesta… « des froissements de soie », comme disait Messiaen.

On perçoit d’ailleurs tout cela très bien dans cet enregistrement ancien de l’orchestre de Philadelphie dirigé par celui qui fut un élève de Bartók, son compatriote Eugène Ormandy.

Cédric MANUEL



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