Instant classique – 23 janvier 1955… 66 ans jour pour jour. En exil à Paris, Georges Enesco crée ce qui sera sa toute dernière œuvre : la symphonie de chambre pour douze instruments. Une partition un peu mystérieuse qui lorgne vers les compositeurs d’avant-garde. Une audace pour un compositeur alors âgé de 73 ans, qui devait mourir moins de 4 mois plus tard.

En 1954, Georges Enesco est à Paris, où il a trouvé refuge après avoir fui le régime communiste de son pays. Pas toujours très à l’aise financièrement, malgré sa renommée, il donne des cours un peu partout et poursuit des activités de chef d’orchestre. Il continue de créer relativement régulièrement et s’attelle voici donc soixante-six ans à ce qui sera sa toute dernière œuvre, la symphonie de chambre pour douze instruments : une flûte, un basson, un hautbois, un cor anglais, une clarinette, un cor, une trompette, un violon, un alto et un violoncelle, ainsi qu’une contrebasse et un piano.

Voici donc Enesco à mi-chemin entre musique symphonique et musique de chambre. Mais alors, pourquoi est-ce son testament ? D’abord parce que, comme je l’ai dit, c’est sa dernière œuvre. Elle est créée à Paris début 1955 et Enesco meurt le 4 mai. Et puis cette partition un peu mystérieuse lorgne vers les compositeurs d’avant-garde. À soixante-treize ans, Enesco s’y montre beaucoup plus audacieux que dans toutes ses compositions précédentes, comme s’il adoubait la nouvelle génération, sans renoncer à ses racines et ses repères, concentrées pour beaucoup dans le folklore roumain, cette musique populaire qui l’a inspiré comme d’autres de ses grands contemporains, Bartók en tête.

L’œuvre est dédiée à l’association des concerts de chambre de Paris et dure un gros quart d’heure. La voici dirigée par l’un des meilleurs spécialistes d’Enesco encore aujourd’hui, Lawrence Foster.

Cédric MANUEL



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