Instant classique – 25 février 1909… 111 ans jour pour jour. Encore un compositeur qui aura eu à peine le temps de montrer la pleine mesure de son talent. Mieczyslaw Karlowicz, né en 1876, avait tout pour devenir l’un des plus grands musiciens polonais.

Fils de Jan, linguiste et ethnographe célèbre à l’époque, et d’Irena, une aristocrate, il est né dans une certaine aisance. Élève des plus grands (Heinrich Urban pour la composition, Arthur Nikisch pour la direction d’orchestre), il s’intéresse à tout et, en musique, au passé comme au présent. Il fonde, entre autres avec Karol Szymanowski, le mouvement Jeune Pologne pour promouvoir l’art et la poésie, mais aussi les sciences et la recherche. Passionné d’alpinisme, c’est la montagne qui l’emportera, dans une avalanche au beau milieu des Tatras, début février 1909.

Quelques jours après le drame, sa Rhapsodie lituanienne est créée à Varsovie, sous la direction de Gregor Fitelberg. Habituellement, à l’inverse de son ami Szymanowski, comme Bartók ou Janaček ailleurs, Karlowicz n’utilise pas de matériau folklorique pour ses compositions. Il leur donne plutôt, comme Scriabine, son aîné de cinq ans, une connotation métaphysique ou bien en fait le résultat d’une recherche philosophique. Mais pas pour ce poème symphonique, d’une grande poésie.

Ici, il se souvient de son enfance. Ce sont donc des danses, mélodies et berceuses populaires locales (lituaniennes et biélorusses) que le jeune compositeur avait notés dès 1900 et qu’il agrège ainsi dans ce petit chef-d’œuvre. Il était en effet né sur l’actuel territoire biélorusse, mais non loin de Vilnius. La synthèse était donc possible. Il compose son poème symphonique en 1906 et le terminera d’ailleurs au pied des ces montagnes du sud de la Pologne qui lui seront fatales.

Plus on progresse dans cette superbe partition, plus on sent monter une sourde angoisse, inquiétude qui traduit selon Karlowicz lui-même « toute la tristesse et l’asservissement éternel de ce peuple, dont les chants ont résonné dans mon enfance. » Et c’est une très belle œuvre que je vous recommande, ici jouée comme il y a 91 ans par l’orchestre philharmonique de Varsovie, dirigée par Antoni Wit.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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