Instant classique – 29 juin 1908… 112 ans jour pour jour. Une renaissance ? Mais quelle renaissance ? Lorsqu’il entend pour la première fois les quatorze bagatelles de son collègue et ami Bartók, Zoltan Kodály s’exclame qu’il s’agit de la « renaissance de la mélodie et du rythme » dans la musique hongroise. Schoenberg, dans son Traité d’harmonie, les citera en exemple.

Dans ces quatorze courtes pièces écrites à Budapest en 1908, Béla Bartók fait une sorte de synthèse des terrains où il s’est déjà aventuré alors qu’il n’a que vingt-sept ans. C’est une œuvre charnière qui annonce toutes celles qui vont suivre, presque des essais. D’ailleurs, Bartók qualifie certaines d’entre elles « d’expériences ». Ainsi, dans ces morceaux qui semblent déstructurés, inaboutis et pourtant totalement maîtrisés, épurés et pourtant foisonnants, le compositeur décrit les danses folkloriques entendues, les états d’âme, les surprises et les nostalgies. Il réutilisera ces idées et ces thèmes dans plusieurs de ses compositions à venir.

Évidemment, après la première audition, dans la classe de piano de Besoin à Berlin voici tout juste cent douze ans, les critiques outrées ont plu sur le pauvre Bartók : pas mélodique, pas construit, dissonant, désordonné, incohérent, etc., etc. Les qualificatifs n’ont pas manqué. Et c’est vrai que c’est déroutant. Mais c’est parce qu’il n’y a pas de route dans le monde de Bartók, qui ouvre ainsi la porte de la musique hongroise du XXe siècle.

Voici ces très fascinantes Bagatelles sous les doigts d’un expert, le regretté Zoltán Kocsis.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »