Instant classique – 3 mars 1821… Nous fêtons aujourd’hui les 200 ans du concerto pour violon de Franz Berwald, le père de la musique suédoise moderne, un artiste un peu en avance sur son temps, de sorte que sa musique n’a jamais été comprise ni même acceptée de son vivant.

Franz Berwald (1796-1868), qu’on peut considérer comme le père de la musique suédoise moderne, n’a pas encore commencé sa fructueuse carrière… d’orthopédiste à Berlin (mais oui), lorsqu’il présente voici deux cents ans son concerto pour violon, à Stockholm.

Il faut d’abord rappeler que Berwald est un autodidacte sur le plan musical, même s’il a commencé à apprendre le violon avec son père très tôt, jusqu’à se produire en public avant ses dix ans. Il se perfectionne auprès du Suisse Édouard du Puy, chanteur, violoniste et compositeur mais aussi tombeur de ces dames (il était surnommé le Don Juan du nord), ce qui lui a valu d’être banni du Danemark où il se trouvait, pour avoir fricoté avec l’épouse du prince héréditaire, le futur Christian VIII… Arrivé en Suède (où il a déjà laissé beaucoup de souvenirs du même acabit plusieurs années auparavant), Du Puy, qui décèle des dons chez le jeune Berwald, l’embauche dans l’orchestre de l’opéra de Stockholm, dont il est le directeur. Berwald y joue de temps en temps au pupitre des violons jusqu’en 1828, avant de partir pour l’Allemagne.

Entretemps, le jeune homme se met à composer sans autre formation et écrit des partitions, notamment concertantes ou de musique de chambre, qu’il joue avec son petit frère August, autre violoniste. C’est dans ce contexte qu’il achève son concerto pour violon ; c’est d’ailleurs son frère qui le crée ce 3 mars 1821, alors que Berwald le destine au départ à son cousin (encore un autre violoniste). Mais le concert se passe fort mal, avec plusieurs manifestations de mécontentement des spectateurs.

Si la qualité du jeu d’August Berwald est saluée, c’est bien la partition elle-même qui déplaît aux auditeurs et aux journalistes ou chroniqueurs. On trouve notamment l’orchestration trop lourde, maladroite, inintéressante dans son développement. C’est assez curieux lorsqu’on l’écoute aujourd’hui, et notamment son rondo final, plein de charme et dominé par une fort jolie mélodie tout à fait romantique. Mais Berwald était un peu en avance sur son temps : sa musique n’a jamais été comprise ni même acceptée de son vivant. La revue Argus, qui relate quelques semaines après le concert, parle ainsi des « dissonances insupportables » d’une musique « terrible pour les oreilles ». Si bien que personne n’entendra plus jamais l’œuvre avant le début du XXe siècle.

Heureusement, elle nous a été depuis rendue par plusieurs enregistrements. L’extrait que je vous propose ici, le troisième et dernier mouvement du concerto, est tiré d’une anthologie des œuvres – vraiment souvent tout à a fait passionnantes – de cet étonnant compositeur, par l’orchestre philharmonique royal (londonien), dirigé par Ulf Björlin, avec comme soliste Arve Tellefsen.

Cédric MANUEL

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