Instant classique – 6 avril 1892… 128 ans jour pour jour. Mais qu’est ce qu’il a donc, notre cher Antonín Dvořák, lorsqu’il écrit sa quatrième symphonie, en 1874 ?

C’est une œuvre parcourue d’une énergie farouche, parfois presque belliqueuse, avec un élan conquérant dont l’apothéose est ce scherzo, le fameux Allegro féroce, que j’ai choisi pour son originalité et son inextinguible souffle, où l’on reconnaît la veine mélodique de son auteur. Peut-être faut-il chercher du côté de sa vie intime : en 1874, Antonín Dvořák vient d’épouser Anna Čermáková. Il aimait pourtant la sœur de celle-ci, Josefina, pour qui il a écrit son cycle pour piano, Les Cyprès, histoire de la faire craquer. Preuve que les romantiques se font toujours avoir, elle a bien craqué, mais pour un autre ; et donc notre compositeur du jour s’est pour ainsi dire consolé avec sa sœur.

Tout est bien qui finira bien car il aura un mariage heureux avec Anna, avec qui il fondera une grande famille : neuf enfants au compteur, malgré des drames éprouvants à la fin de leur vie. Ces années 1870 sont une période très féconde pour lui et le succès lui sourit partout en Europe. Alors cela vaut bien un bon coup d’optimisme.

Smetana remarque l’originalité de cette symphonie pourtant peu jouée aujourd’hui, et c’est lui qui en crée le scherzo l’année suivante. Mais c’est Dvořák qui dirige la Philharmonie tchèque à Prague ce 6 avril 1892 pour la création intégrale avec une partition légèrement révisée. Elle ne sera bizarrement publiée qu’en 1912, bien après la mort du compositeur.

On ne retrouve pas l’originalité du scherzo dans toute la symphonie, mais il est certain qu’elle ne mérite pas de rester dans l’ombre de ses petites sœurs, qui vont venir après elle, jusqu’à l’immortelle « Nouveau monde ».

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »