Instant classique – 6 avril 1971… Nous fêtons aujourd’hui les 50 ans d’un immense musicien, un prodige audacieux et adaptable à de nombreux styles : Igor Stravinski. Il a tout testé et tout réussi, de la musique contemporaine à la redécouverte des grands anciens, jusqu’aux chants polyphoniques, laissant une œuvre immense et célèbre.

Igor Stravinsky était revenu à New York – lui qui avait été naturalisé français puis américain en 1945 – malgré de nombreux ennuis de santé qui n’avaient pas empêché un voyage estival à Évian l’année précédente. C’est à l’hôtel Marriot Essex House, au-dessus de Central Park, qu’une embolie pulmonaire l’emporte à presque quatre-vingt-neuf ans. Conformément à sa volonté, on emporte sa dépouille à Venise, où il sera enterré quelques jours plus tard au cimetière de San Michele, non loin de son grand ami, qui fut la chance de sa vie, Serge Diaghilev.

Ainsi disparaît voici cinquante ans cet explorateur infatigable et caustique des possibilités musicales de son temps et de ceux à venir. Ce fils de chanteur d’opéra élevé à la dure ne semblait pourtant pas enclin à étudier la musique, qu’il n’aborde que relativement tardivement et fait d’abord du droit. Mais il aura un professeur qui va révolutionner tout son moi intérieur : Nikolaï Rimski-Korsakov. À partir de là, rien ne pourra plus arrêter celui qui va devenir un prodige audacieux et adaptable à de nombreux styles, jusqu’à flirter sur le tard avec la musique sérielle, dernière de ce que l’on a coutume d’appeler les trois périodes de Stravinsky : la période russe, jusqu’aux Noces, la période néo-classique et la période sérielle. On observe d’ailleurs durant sa vie créatrice une inclination de plus en plus marquée vers un plus grand dépouillement, une grande simplicité. Stravinsky aura finalement tout testé et tout réussi, de la musique contemporaine à la redécouverte des grands anciens, jusqu’aux chants polyphoniques.

À sa mort, il laisse une œuvre immense, dont le grand public connaît surtout les premières, celle de la période « russe » en particulier les ballets Petrouchka, L’Oiseau de Feu et bien sûr Le Sacre du printemps, tous créés, d’ailleurs, à Paris.

Il y aura sans doute, pour ce cinquantenaire, de nombreuses occasions d’entendre sa musique, si diverse, si changeante, parfois si simple et toujours si savante. Comme c’est l’usage lorsque j’évoque la mort d’un compositeur, je vous propose sa dernière partition achevée, en 1968 : il s’agit de deux lieder, tirés des Spanisches Lierderbuch de Hugo Wolf, que Stravinski arrange avec une grande sobriété pour  un petit ensemble composé de trois clarinettes, deux cors, deux violons, un alto, un violoncelle et une contrebasse.

C’est ici la mezzosoprano Ann Murray qui interprète ces deux textes.

Cédric MANUEL

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Crédits photographiques : George Grantham Bain Collection (domaine public)

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