Lancé sous forme de squat en 1995, Mix’art Myrys a grandi avec le soutien de la métropole occitane. Alors que les pouvoirs publics veulent limiter son action aux arts plastiques, le collectif défend un concept pluridisciplinaire qui déborde du champ strict de l’art.

Mix’art Myrys est une aventure artistique, sociétale et sociale toulousaine qui risque de prendre fin. Depuis le 20 janvier, les bâtiments du 12 rue Ferdinand-Lassalle accueillant ce collectif sont en fermeture administrative après un passage de la commission de sécurité.

Sécurité

Alors que les autorités soutiennent le projet depuis 1995, le collectif ne comprend pas cette décision. « On n’arrive pas à s’expliquer pourquoi la métropole a débranché l’association sans préavis, explique Joël Lécussan, le coordinateur de Mix’art Myrys. Nous sommes ouverts, nous les sollicitons pour revenir à la table de discussion mais on ne nous répond pas. »

Pour le collectif l’argument de la sécurité ne tient pas. « Les locaux avaient été achetés par la métropole en 2018 pour les mettre à disposition du collectif et des travaux de mises aux normes étaient prévus », poursuit le coordinateur. Mais pour la métropole, le problème de sécurité n’est pas tant lié au bâtiment lui-même qu’à l’utilisation qui en est faite. « Les pompiers ont été catastrophés quand ils sont passés, décrit Nicole Yardéni, présidente de la commission culture de Toulouse métropole, qui rassemble un ensemble de communes. Il y a des braséros, des bombonnes de gaz et de fioul, des cagettes… Si un incident se produit sur place, ce sera de la responsabilité de la métropole. »

La présidente de la commission confirme qu’il n’y a plus de dialogue, mais c’est aussi parce que le collectif refuse de signer la convention qui lui a été proposée… et de rentrer dans les cases qui lui sont assignées.

Convention

Car, au cœur de ce conflit, s’affrontent en réalité deux visions du monde. Mix’art Myrys se définit comme un projet d’autogestion pluridisciplinaire, dont les artistes adhérents sont des membres actifs. « Ils s’impliquent dans l’entretien des bâtiments, organisent des représentations dans le lieu mais aussi hors les murs, détaille le coordinateur. Il y a plus de soixante artistes des arts visuels, numériques et des arts déco, plus de trente compagnies de spectacle vivant sous toutes ses formes : dance, théâtre hybride… Tous ces artistes n’auront plus de lieu de résidence. Une dizaine d’associations et leurs salariés permanents ou ponctuels sont mis à la rue. Le lieu accueille aussi des AMAP et le premier accès internet associatif français. C’est la fin de toute cette expérience. »

Selon Nicole Yardéni, en revanche, ce n’est pas le concept du collectif qui est visé en tant que tel mais la façon dont il a évolué, qui ne correspond plus aux attentes que s’en fait la métropole. La première convention signée avec le collectif date de 2005, avec un relogement au 12 rue Ferdinand Lassalle, après l’occupation de deux autres bâtiments : les anciennes usines de chaussures Myrys dans la quartier Cyprien-Patte-d’Oie en 1995, puis l’ancienne préfecture au centre de Toulouse à partir de janvier 2001. Alors que la relocalisation du collectif était en discussion, Mix’art Myrys estime que le changement de majorité de Toulouse métropole en 2015 a annoncé le début de son désengagement du projet.

Équilibre

Nicole Yardéni, de son côté, ne croit pas en l’aspect politique de l’affaire. « À la base, il y avait un besoin pour les arts plastiques, c’est ce qui avait été discuté et la métropole a beaucoup investi en ce sens, récapitule-t-elle. Trois millions ont été proposés pour réhabiliter le lieu, mais le collectif demande plus. Or, il y a d’autres démarches que nous voulons soutenir et il faut trouver un équilibre. Mix’art Myrys a aussi pratiqué la politique du fait accompli en faisant ce qu’il avait envie de faire. Pour toutes ses autres propositions artistiques et associatives, y compris sur l’accès internet et les AMAP, nous avons déjà d’autres structures que nous finançons. Il y a par exemple la Grainerie qui a commencé de la même manière mais sur les arts du cirque. Aujourd’hui, c’est une scène européenne, ils sont en discussion avec Montréal, mais c’est parce qu’un travail a été fait, ils se sont structurés. »

Pour la présidente, le projet du collectif a sa raison d’être, mais il devrait faire appel à un mécène. « Il y a un marché pour ce type de démarche, mais ce n’est pas le rôle de la métropole », insiste-t-elle. La présidente assure que des alternatives sont recherchées pour soutenir les jeunes artistes qui avaient prévu de faire un passage par Mix’art Myrys et pour ceux qui ont dû quitter les lieux.

Le collectif, de son côté, continue de se battre pour que son expérimentation se poursuive. Deux manifestations de soutien ont été organisées depuis la fermeture et une pétition pour demander à Toulouse métropole la mise en conformité des bâtiments rassemble aujourd’hui près de 10 000 signatures.

Chloé GOUDENHOOFT

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