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“Fête de famille” de Cédric Kahn : une belle déclaration d’amour… au cinéma

“Fête de famille” de Cédric Kahn : une belle déclaration d’amour… au cinéma
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Cédric Kahn proclame, avec Fête de famille, un amour absolu pour le cinéma. Servis par d’excellents comédiens, nous voici soudain devant du grand cinéma !

Aucun des films de Cédric Kahn ne ressemble à un autre de ses films : quoi de commun entre Roberto Succo (2001) et Les Regrets (2009) ? Rien sans doute, hormis un amour absolu pour le cinéma. Ici encore, le réalisateur nous surprend avec Fête de famille : les comédiens sont tous excellents – Emmanuelle Bercot, sidérante entre folie et souffrance, Vincent Macaigne, en rêveur pas si tendre, et Cédric Kahn lui-même qui s’arroge le rôle du grand frère, sans doute le plus « normal » de la famille… Tous trois, frères et sœur, enfants d’Andréa, incarnée par une Catherine Deneuve plus lumineuse que jamais. Du grand cinéma !

Fête de famille s’est longtemps appelé « Joyeux anniversaire ». En effet, le film s’ouvre sur la préparation évidente d’une réunion familiale que l’on comprend être l’anniversaire d’Andréa. Pour saluer l’événement se réunissent autour de la matriarche – Catherine Deneuve –, outre son mari et Emma, sa petite-fille qu’elle élève depuis que sa mère est partie ainsi que son fiancé, ses deux fils, Romain et sa nouvelle conquête, et Vincent, accompagné de sa femme et de leurs deux enfants. L’ambiance est à la fête, à l’agitation joyeuse et tout le monde semble uni dans une maison campagnarde sur laquelle règne Andréa avec bienveillance et sérénité.

Cette ouverture ne nous surprend guère. Le film de famille est un sous-genre cinématographique : de Festen, du réalisateur danois Thomas Vinterberg, dont le sous-titre ironique est justement « Fête de famille », à Xavier Dolan ou Arnaud Desplechin (on trouvait déjà Catherine Deneuve en reine-mère dans Un Conte de Noël), on sait que la famille est au cinéma, le lieu de toutes les rancœurs, de tous les conflits, de toutes les contrariétés.

Tourbillonnante Claire

Rien de tel ici, apparemment, dans un premier temps… Pourtant, Emma, la petite-fille d’Andréa, semble un peu fragile et à cran ; Romain, le frère cadet, n’a pas l’air d’être pris au sérieux, mais ce sont des petits riens, de légères tensions que chaque famille connaît…

C’était sans compter l’arrivée tonitruante de Claire, la sœur, la fille, la mère : son entrée en scène fait tout basculer, fait chavirer ce qui ressemblait à un ordonnancement bien huilé… Son arrivée mime celle de la fille prodigue : Andréa est émue et impatiente de la serrer dans ses bras, son frère Vincent se précipite pour aller la chercher et lui assure son amour ainsi que celui de tous les membres de la famille. La séquence où tous deux chantent « L’Amour » de Mouloudji signe ce partage et leurs souvenirs émus…

Tout le monde est présent, la fête peut commencer, celle d’une famille unie qui se retrouve autour d’une mère aimante qui fête ses soixante-dix ans. Très vite, on comprend que Claire est bipolaire, elle est la « folle » de la famille, celle qui ose évoquer l’héritage auquel elle dit avoir droit, celle qui parle de la mort de leur mère sans scrupule. Consternation générale. Tout le monde est choqué, y compris le spectateur. Claire est celle qui parle de choses que l’on aimerait taire, celle qui ose dire ce qui peut fâcher, malgré la demande – naïve ou hypocrite ? – d’Andréa : « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et j’aimerais que l’on ne parle que de choses agréables ! »

Mises en abyme

Ainsi, tout se met à grincer. La symphonie familiale va faire entendre ses fausses notes notamment grâce à une double mise en abyme. En effet, Romain a décidé de filmer cette journée pour un film documentaire dont il a reçu la commande. Il ne cesse de placer et de déplacer sa caméra, de demander à chacun des membres de la famille s’il accepte d’être filmé… Son côté gauche, maladroit, est tout d’abord touchant. D’autant que tous se moquent de lui ; sa sœur, par exemple qui lui lance : « Pourquoi tu ne fais pas des vrais films comme tout le monde ? » Son ambition semble même émouvante, puisqu’il ne cesse de répéter qu’il souhaiterait faire un plan fixe à la Ozu – au-delà du côté humoristique de la remarque, le clin d’œil à Ozu permet de rendre hommage au réalisateur japonais adepte des films de famille…

La seconde mise en abyme apparaît par le biais des enfants : Emma, la fille de Claire furieuse du retour de sa mère, a écrit une pièce de théâtre qu’elle entend jouer pour l’anniversaire de la grand-mère avec ses deux cousins. Il y est question de la famille, de leur famille. Ce qui pourrait créer la discorde, ce qui pourrait laisser la colère et la tension exploser va, au contraire, réunir les membres de la famille. Alors qu’Emma et ses cousins jouent la pièce, un plan large et fixe nous montre la famille assise, heureuse, réunie un temps dans l’admiration et le bonheur de ce partage. Que raconte la pièce ? Précisément l’histoire de leur famille à travers laquelle Emma parvient à dire devant tous sa souffrance, sa douleur d’être abandonnée par cette mère immature et instable.

Attention : une famille peut en cacher une autre

Ce n’est donc pas uniquement un simple tableau de famille que cherche à dresser Cédric Kahn. C’est, comme il le dit lui-même, « l’histoire d’une contamination », la volonté de montrer comment une famille « devient dingue ». Le réalisateur tend ainsi un miroir, nous invitant à nous interroger sur notre famille, sur le rôle que chacun des membres y joue puisque, ici, chaque personnage va, petit à petit, dévoiler son vrai visage. C’est notamment Romain qui va le plus surprendre : se réduit-il finalement à ce réalisateur raté, amateur de jolies filles, instable et fumeur invétéré de drogues douces. N’est-il pas plutôt celui qui tire les ficelles, une sorte de manipulateur masqué ?

Le film de famille n’est en réalité qu’un prétexte que choisit Cédric Kahn pour évoquer son art. Ce n’est pas tant de sa famille personnelle qu’il veut parler mais de l’autre, sa famille de cinéma.

Il y est bien question de transmission, mais de transmission à travers les idoles, les admirations de Cédric Kahn. Bien sûr l’ombre de Truffaut plane entre les platanes de la maison, dans certains plans et avec la présence de Catherine Deneuve. Et bien sûr, grâce à ces deux mises en abyme, le réalisateur parvient à interroger son rôle dans cette grande famille de cinéma, son geste de créateur, son identité même. Que doit-il à ses prédécesseurs semble-t-il nous / se demander ? Que peut-il encore transmettre et surtout, la sincérité est-elle toujours présente dans son travail d’artiste ?

Au-delà de ce portrait de famille, de cet anniversaire-retrouvailles, Cédric Kahn affirme que, malgré ses interrogations, ses maladresses, si l’art peut réunir les membres d’une famille en conflit, il peut réunir tous les spectateurs, amateurs d’Ozu ou de documentaires…

Virginie LUPO

 



Cédric Kahn, Fête de famille, France, 2019, 101mn

Sortie : 4 septembre 2019

Genre : comédie dramatique

Classification : tous publics

Avec Catherine Deneuve, Vincent Macaigne, Emmanuelle Bercot, Cédric Kahn, Luàna Bajrami, Laetitia Colombani, Isabel Aimé Gonzalez Sola, Alain Artur, Joshua Rosinet, Satya Dusaugey, Raphaël Liot

Distribution : Le Pacte

En savoir plus sur le film avec CCSF : Fête de famille

Cédric Kahn, Fête de famille (crédits Les films du Worso)

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