Après un démarrage avorté à cause de la crise du coronavirus, le nouveau bâtiment de la Comédie de Genève attend de pouvoir enfin recevoir le public pour ses premières représentations en ce début d’année 2021. Le lieu comprend une salle de 500 places, un deuxième espace de représentation modulable ainsi que des ateliers de création.

Si le nouveau théâtre de la Comédie de Genève n’a pas pu ouvrir ses portes en septembre à cause de la pandémie, ce devrait être chose faite en ce début d’année, en fonction de la situation sanitaire. Mais le bâtiment n’en est pas à quelques mois près… Cela fait des décennies que le projet était en réflexion.

L’ancien théâtre de la Comédie, une troupe genevoise fondée en 1909, est inauguré en 1913, boulevard des Philosophes. Soixante-dix ans plus tard, l’outil ne répond plus aux nécessités des arts de la scène et la question de sa réhabilitation commence à se poser. « Au fil du temps, la vétusté du plateau, sa taille modeste, ne correspondait plus à l’ambition d’un théâtre phare de la ville de Genève, ni aux aspirations artistiques de ses occupants, explique Natacha Koutchoumov, co-directrice de la Comédie nommée en 2017. Le mur du son était en biais, il était difficile d’avoir des spectacles en accueil et l’accès rendait compliqué de partir en tournée. Effectivement, l’ancienne Comédie était un tout petit théâtre à l’italienne qui ne correspond pas aux ouvertures des plateaux des grandes salles plus modernes où bien des productions sont créées. »

Déménagement

Une réflexion s’amorce pour savoir que faire de ce théâtre. Elle est influencée par le Rapport Langhoff, rédigé par le metteur en scène franco-allemand Matthias Langhoff en 1987. « C’est une honte pour une société civilisée de placer des hommes et des femmes dans des conditions de travail antédiluviennes, et d’avoir le toupet d’attendre qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes », s’était-il emporté à l’époque.

Plusieurs projets sont avancés. C’est en 2001 que surgit l’idée non plus d’une réhabilitation mais d’un déménagement. Un groupe de professionnels des arts de la scène, l’association pour la nouvelle Comédie (ANC), propose un projet qui s’inspire des conclusions de Matthias Langhoff. Ces propositions consistent en une grande salle de cinq cents places et une deuxième polyvalente de deux cents à deux cent cinquante places. Il y aurait par ailleurs des salles de répétitions ainsi que des ateliers de décors et de costumes.

« Ce projet a été pensé par des professionnels qui connaissent les besoins de la scène, explique Natacha Koutchoumov. Certains voulaient une salle à mille places, mais ce n’est pas l’idéal pour créer un rapport avec le spectateur ou pour le port de la voix. Certaines salles immenses se limitent à deux ou trois représentations pour pouvoir remplir leurs sièges. »

Défi sonore

Le site pour ce nouvel établissement est choisi en fonction des transformations de la ville. Il est décidé de le localiser à côté de la gare des Eaux-Vives. « C’est la deuxième plus grande de la région, avec un des plus gros réseaux ferroviaires transfrontaliers et le Léman Express qui relie Genève à la France, précise la directrice. L’association a senti que c’était une opportunité mais c’était un choix très osé. Le cahier des charges se devait de prendre en compte le défi sonore créé par la proximité de la gare et le passage des trains.  »

Un concours d’architecture, qui reprend le cahier des charges de l’ANC, est lancé en 2009 ; il est remporté par l’Atelier Fres. Le projet architectural coûte au total 98 millions de francs suisses, soit un peu plus de 91 millions d’euros. L’ANC milite aussi pour un doublement des subventions annuelles de la comédie, une bataille qui est gagné en plusieurs étapes et qui permet de passer d’un budget de 7 millions de francs à 14 millions.

« Avec Denis Maillefer [l’autre co-directeur, NDLR], nous sommes les héritiers de cette histoire, détaille Natacha Koutchoumov. Ce nouveau bâtiment un outil exceptionnel et en transparence grâce à de larges fenêtres. Alors que les ateliers sont souvent excentrés, cela donne de la visibilité sur nos métiers qui sont souvent peu connus. Et après cette période de crise, c’est une bonne chose de raconter la façon dont nous travaillons. »

Programmation moderne et engament humanitaire

La programmation qui viendra habiter ce nouveau lieu se veut résolument moderne et internationale. « Nous devions accueillir en mars Le présent qui déborde de la metteure en scène brésilienne Christiane Jatahy, illustre Natacha Koutchoumov. Le spectacle fera sa première à l’Odéon, puis reviendra à la Comédie. » Les directeurs souhaitent aussi mener un projet autour de l’engagement humanitaire, Genève étant la ville de la Croix-Rouge.

Il est également prévu de faire foisonner la créativité locale au sein du bâtiment par la mise en place de différences ateliers et l’accueil de clubs du quartier pour la préparation de spectacle, des lectures, des cours d’initiations à la danse contemporaine… « La Comédie vivra avec son quartier, avec sa ville, déclarent ses directeurs. Elle inscrira à son programme des temps forts où, parfois plusieurs jours durant, personnalités du monde scientifique, politique, social et associatif seront invitées à échanger et à débattre, afin de mettre notre époque en perspective. »

Chloé GOUDENHOOFT

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En savoir plus : Comédie de Genève
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Comédie de Genève (© Niels Ackermann)

Comédie de Genève (© Niels Ackermann)