Disons-le franchement : si un artiste peut entrer facilement dans le système des prestations chômage en Argentine, il ne fait pas bon y être, encore moins y rester. C’est probablement la raison pour laquelle le recours à l’assurance chômage est si faible dans un pays qui dispose pourtant d’un système relativement plus développé que celui des autres pays de la région.
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Le régime de l’intermittence est, on le sait, une exception française. Mais qu’en est-il dans les autres pays ? Nous vous proposons un petit tour à l’international au fil des semaines. Aujourd’hui : l’Argentine.


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Les chiffres sur la situation de l’emploi en Argentine révèlent une part croissante de chômage durant ces dernières années. Si le taux de chômage y était resté relativement stable entre 2010 et 2014, s’établissant à un peu plus de 7 %, la part des chômeurs au sein de la population active argentine s’élevait à environ 9,6 % en juillet 2021, la crise sanitaire et économique étant passée par là.

Pourtant, d’après le rapport Le système de protection sociale en Argentine : reconstruire après la crise (une autre crise, celle-ci politique économique et sociale, qui a frappé le pays en 2001 et 2002) fait au nom de la commission des affaires sociales du Sénat français en 2007, le nombre de personnes bénéficiant de l’assurance chômage est résiduelle. À l’époque, cela concernait moins de 100 000 personnes. Ce chiffre est surprenant quand on considère que le nombre de personnes sans emploi est alors estimé à 1,7 million. Cet écart s’explique, d’une part, en raison de la rigidité des critères exigibles avant de bénéficier d’une prise en charge et, d’autre part, par le grand nombre de travailleurs au noir qui n’ont pas accès au système. En 2005, les autorités argentines ont évoqué la possibilité d’élargir cette prestation chômage aux travailleurs au noir, mais aucune décision n’a encore été prise alors que certaines activités informelles sont parfaitement identifiées et connues des services gouvernementaux.

Pourtant, l’Argentine dispose d’un système d’assurance chômage qui est relativement plus développé que celui des autres pays de la région. En effet, les salariés argentins versent des cotisations à un Fonds national pour l’emploi (Fondo nacional de Empleo – FNE) et se voient ouvrir en contrepartie le bénéfice d’une assurance chômage. Créé en 1967 pour les travailleurs du secteur du BTP, le système a été généralisé à partir de 1991, incluant ainsi les artistes salariés, et est donc assez récent. Comme à l’habitude de la quasi-totalité des systèmes, il exclut les indépendants.

Pour ouvrir droit aux prestations de chômage, l’assuré doit notamment avoir cotisé au moins six mois au cours des trois années précédant la période de chômage, ou au minimum trois mois au cours de l’année précédant le chômage pour les travailleurs temporaires. On constate ici que la durée de cotisation minimum est assez faible, ce qui est favorable aux emplois par nature précaire qui bénéficient en France du régime de l’intermittence.

Si le système prévoyait à l’origine le versement d’une allocation chômage équivalant à 60 % du salaire le plus élevé perçu par le salarié au cours des six derniers mois précédant son arrêt d’activité, ce taux a été ensuite diminué : il est aujourd’hui de 50 %, donnant lieu à une allocation coincée entre un plancher à 6 000 pesos (52 euros) et un plafond à 10 000 pesos (87 euros), ce qui est relativement faible. Précisons que le montant de la prestation est dégressif et qu’à partir du neuvième mois, le chômeur ne perçoit plus que 70 % de son allocation de base (soit 70 % de 50 %, autrement dit un tiers de son meilleur salaire…)

Ajoutez à cela que la durée pendant laquelle les prestations chômage sont versées dépend de la durée préalable de cotisations et se révèle en définitive assez courte puisqu’elle est d’une année maximum (sous certaines conditions, elle peut être de dix-huit mois) et vous comprendrez que, si on entre facilement dans le système, y compris pour les artistes pouvant obtenir quelques contrats à durée déterminée, il ne fait pas bon y être ni encore moins y rester.

La conjonction de ces paramètres, importance du marché du travail au noir et faiblesse des revenus par le biais du FNE, explique le faible recours à l’assurance chômage.

Julien MONNIER

Avocat au Barreau de Nantes

Retrouvez notre série sur l’indemnisation du chômage dans le monde :
1/ en Belgique
2/ en Italie
3/ en Allemagne et en Autriche
4/ au Royaume-Uni et en Irlande
5/ en Finlande, Suède et Norvège
6/ au Maroc

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