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« Maya » de Mia Hansen-Løve : un film furtif et inoubliable

« Maya » de Mia Hansen-Løve : un film furtif et inoubliable
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Gabriel et Frédéric, deux journalistes français pris en otage font leur retour à Paris après de longs mois de captivité. Accueillis en grande pompe, les deux hommes restent très inquiets du sort de Jérôme, leur collègue resté prisonnier en Syrie.

Alors que Frédéric (Alex Descas) combat son traumatisme en se remettant tout de suite au travail, Gabriel (Roman Kolinka) entreprend un voyage en Inde. C’est dans ce pays où sa mère vit toujours qu’il a vécu les premières années de sa vie. Arrivé à Goa, il retrouve Monty, son parrain, propriétaire d’un bel hôtel où il habite avec sa fille Maya. Curieuse, belle et cultivée, la jeune femme se lie très vite d’amitié avec Gabriel. Malgré leur différence d’âge, les deux déracinés (Maya revient de Londres où elle a entamé des études et s’apprête à partir pour Sydney) ne se quittent plus. Pendant que la jeune indienne fait le guide à travers le pays, le reporter de guerre lui enseigne son savoir du monde. Pour les deux amants secrets, ce voyage se révèlera aussi douloureux que salvateur.

« Je m’épanouis dans l’action, pas dans la parole », répond Gabriel lorsque les internes de l’hôpital de Paris où il est reçu lui proposent les services d’un psychologue. Pour ce reporter meurtri, pas question de s’étendre devant les médias ou de pleurer dans le gilet de son ex-petite amie. Le sujet du film n’est d’ailleurs pas le traumatisme d’un ex-otage mais la reconstruction d’un homme après une épreuve dont il ne parle pas. À peine rentré, il est déjà reparti vers un pays en difficulté, l’Inde, où son identité est neutre.

Même si Mia Hansen-Løve n’en filme que la bourgeoisie privilégiée, la violence et le danger sont toujours à la porte de Gabriel qui se voit régulièrement menacé par une mafia autochtone dans la petite maison qu’il s’est mis en tête de retaper. Par les risques que comporte son métier, Gabriel est présenté comme un homme accro à la violence, endurci, incapable de se montrer sentimental, tandis que Maya, magnifiquement naïve, n’hésite pas se livrer à cet homme dont elle tombe amoureuse. Roman Kolinka (pour sa troisième collaboration avec Mia Hansen-Løve) et Aarshi Banerjee (pour la première fois à l’écran) forment un couple d’une grande intensité romanesque et d’une beauté fascinante, à la fois pudique et extrêmement charnel.

Maya comporte toutes les caractéristiques du cinéma de Mia Hansen-Løve, la lenteur du récit, la douceur des images, la bienveillance des protagonistes qui blessent mais sans vraies intentions, emportés par leurs conflits intérieurs… Les paysages indiens qu’elle semble bien connaître et avoir minutieusement choisis sont sublimes et se font parfaits décors d’un film où les heures s’arrêtent, juste le temps que les personnages puissent se sauver avant de reprendre le cours de la vie.

Furtif comme un voyage d’été et inoubliable comme un premier chagrin d’amour, Maya bouleverse, fait mal au ventre quand il rappelle aux amoureux déçus combien il est difficile d’aimer quand tout s’y oppose, mais comme il est bon de se rappeler ce qu’on y gagne : le sentiment d’avoir survécu à la pire des tempêtes !

Suzanne DUREAU



Mia Hansen-Løve, Maya, France, 2018, 105mn

Sortie : 19 décembre 2018

Genre : drame

Classification : tous publics

Avec : Roman Kolinka, Aarshi Banerjee, Alex Descas, Pathy Aiyar, Suzan Anbeh, Judith Chemla, Johanna Ter Steege

Distribution : Les Films du Losange

En savoir plus sur le film avec CCSF : Maya



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