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Petits incidents et autres anomalies

Petits incidents et autres anomalies
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Ce qui fait le charme du spectacle vivant, c’est notamment la possibilité de l’imprévu. De là à dire que le spectateur guette l’incident susceptible de faire dévier le cours des choses ? Allons, tout de même ! Quoique…

Vagabondage théâtral

On a beau protester et dire que ce n’est pas normal, surtout de la part de professionnels, il n’empêche, ce qui fait justement le charme du spectacle vivant c’est que tout peut, à un moment donné ou l’autre, – jamais quand on s’y attend – ne plus fonctionner comme il le devrait. Quand un petit grain de sable vient enrayer le bon déroulement de la représentation. Vous êtes là, bien tranquille, dans le ronron du déroulement des événements lorsque tout à coup quelque chose vient tout remettre en question. Une petite défaillance, un léger dérèglement qui n’est d’ailleurs pas toujours perceptible pour le public, mais enfin, celui-ci sent bien quand même un léger trouble vite surmonté dans la plupart des cas : on a failli dérailler, mais tout est rentré dans l’ordre. C’est le frisson de la vie. Reste la grosse panne, le trou qui laisse tout le plateau en état de béance. Bredouillis, bafouillage ou carrément arrêt complet. Des pans entiers du texte (voire des scènes entières) peuvent ainsi passer à la trappe. C’est toujours vertigineux. Et le spectateur que je suis tremble toujours un peu lorsqu’un acteur se lance dans ce que l’on appelle un tunnel dont on n’est jamais sûr que nous pourrons ensemble en voir le bout. Le savoir-faire des comédiens, leur sang-froid, leur présence d’esprit sont ainsi mis à l’épreuve. Autant dire que tous ne sont pas logés à la même enseigne, et qu’il y en a forcément de plus doués que d’autres.

Faut-il l’avouer ? Et si, précisément, ce n’était pas ce petit incident, cette chose apparemment insignifiante qui fait dévier le cours des choses, qu’inconsciemment nous guettons, souhaitons presque, tout en la craignant ? C’est bien beau, me dira-t-on, mais il faut vraiment avoir l’esprit malade pour aspirer de nos vœux à un incident qui viendra gripper la machine, venir interrompre la belle histoire que l’on est en train de nous raconter. Pourtant j’insiste et signe.

Les incidents de plateau sont légion : des comédiens saisis de fou-rire devant les très sérieuses pitreries de leur partenaire, comme ce fut le cas jadis avec de Funès au point qu’il fallut un soir baisser le rideau de fer, le temps que les esprits se calment. Et que dire de ce spectacle pitoyable donné dans un théâtre national où l’acteur principal, ne sachant pas son texte, jongla avec l’aide de tous ses camarades de plateau pour faire avancer, malgré tout, la machine ? Que dire de cet autre pris de boisson ou sous l’effet de médicaments par trop puissants, en train de vaciller sur scène et tenter d’aller au bout de son (de notre) calvaire ?…

Il y a aussi – et là rien à faire – l’accident. Ainsi ai-je vu jadis un comédien se casser la jambe sur le plateau et la représentation forcément être annulée. Nombre d’accidents (lentille de projecteur qui tombe sur la scène entre deux comédiens, pan de décor qui s’effondre, etc.) arrivent parfois aussi. Mille et une petites choses se passent ainsi sur un plateau de théâtre ; quant à ce qui peut se passer dans la salle… sans parler de ce qui nous est totalement extérieur comme des intempéries climatiques : voici venir le temps des festivals et du plein air et l’intrusion du réel dans la fiction.

Jean-Pierre HAN

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Critique dramatique et rédacteur en chef des Lettres Françaises, directeur de la publication et rédacteur en chef de Frictions, Jean-Pierre Han est une des plumes incontestées du monde théâtral, privilégiant une approche essentiellement politique. “Vagabondage théâtral” est sa chronique mensuelle pour les lecteurs de Profession Spectacle.


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