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Qui est Jean-Philippe Thiellay, le premier dirigeant du Centre national de la musique ?

Qui est Jean-Philippe Thiellay, le premier dirigeant du Centre national de la musique ?
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Le ministère de la culture a officialisé hier la nomination de Jean-Philippe Thiellay, actuel directeur adjoint de l’opéra national de Paris, comme tout premier patron du Centre national de la musique. Qui est cet énarque passionné d’opéra et de musique symphonique ? Portrait.

Nombreux sont ceux qui attendaient la nomination de Catherine Ruggeri à la tête du Centre national de la musique, pas seulement parce qu’elle est une femme, même si un tel acte aurait eu une forte valeur symbolique en ces temps où la parité homme-femme occupe nombre de débats, mais surtout parce qu’elle disposait d’une légitimité indiscutable, en tant que présidente de la mise en œuvre du Centre national de la musique. Si nous avons pu nous étonner, dans ce journal, que Mme Ruggeri se fasse trop discrète sur l’enjeu essentiel de « la diversité culturelle », force est de reconnaître qu’une telle nomination aurait marqué une évidente continuité.

Ce ne sera pas le cas, un autre énarque lui ayant étonnamment été préféré – une éviction incompréhensible pour beaucoup de professionnels qui n’ont pas tardé à se manifester dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Après des bruits de couloir de plus en plus appuyés, l’officialisation a en effet été formalisée hier par le ministère de la Culture : Jean-Philippe Thiellay sera, à compter de lundi prochain, 2 décembre, le premier dirigeant du Centre national de la musique ; ce dernier verra officiellement le jour le 1er janvier 2020. L’intéressé a aussitôt confirmé sa nomination sur Twitter.
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Jean-Philippe Thiellay
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Qui est Jean-Philippe Thiellay ?

Né le 26 mars 1970 à Marseille, licencié en histoire en 1991, Jean-Philippe Thiellay est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1992, puis de l’École nationale d’administration (ENA) quatre ans plus tard, promotion « Victor Schœlcher », une année seulement avant un certain Édouard Philippe, diplômé en 1997. Polyglotte, Jean-Philippe Thiellay maîtrise parfaitement, outre le français, l’italien, l’anglais et l’allemand.

Au sein du Conseil d’État, il commence sa carrière à la section du contentieux (1996-2000, 2001-2003) et à la section des travaux publics (1999-2000 et 2001-2003). Il est rejoint très rapidement par Édouard Philippe ; les deux hommes se côtoient plusieurs années au sein de la prestigieuse institution.

En 2000-2001, il est nommé conseiller technique chargé des questions juridiques et internationales au cabinet du secrétaire d’État à l’Outre-mer, c’est-à-dire de Jean-Jack Queyranne (ancien député, ministre et président socialiste du conseil régional de Rhône-Alpes) puis de Christian Paul, par ailleurs énarque et ancien député PS pendant vingt ans, de 1997 à 2017. En 2003, il rejoint l’ambassade de France près le Saint-Siège comme deuxième conseiller de l’ambassadeur Pierre Morel, jusqu’en 2006.

Entre 2007 et 2012, il revient au Conseil d’État comme rapporteur public à la section des contentieux, avant de devenir assesseur à la section du contentieux, de 2012 à 2014.

En 2008, il intègre la Fondation Terra Nova, qui se définit comme « un think tank progressiste indépendant ayant pour but de produire et diffuser des solutions politiques innovantes en France et en Europe », mais qui se révèle de facto proche du parti socialiste, son fondateur Olivier Ferrand s’étant notamment fait élire député sous cette étiquette avant sa mort en 2012 (Thierry Pech, actuel directeur général de Terra Nova, a par ailleurs soutenu officiellement Emmanuel Macron lors des dernières élections présidentielles). Jean-Philippe Thiellay est actuellement le vice-président du conseil d’administration de Terra Nova, la présidence étant assurée par l’ancien Premier ministre béninois Lionel Zinsou depuis 2017.

Dans le même temps, en 2012, il devient conseiller pour les institutions, les libertés publiques, la réforme de l’État et la décentralisation au cabinet du Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault.

Un amoureux de musique

Dès le début de sa carrière, Jean-Philippe Thiellay s’intéresse – comme homme et comme juriste – à la musique, et plus particulièrement à l’opéra. Entre 1999 et 2013, il est vice-président de la caisse des retraites de l’opéra de Paris

Entre 2010 et 2014, il devient critique et chroniqueur pour le mensuel Classica, specialisé sur l’opéra italien du début du XIXe siècle. Il collabore également à Forum Opéra et nonfiction.fr. En collaboration avec Jean Thiellay, il publie un premier essai sur Rossini en 2012, puis un second sur Vincenzo Bellini l’année suivante, tous publiés chez Actes Sud. Il récidive, seul, en septembre 2018, avec un essai sur le compositeur Meyerbeer.

En août 2014, il est nommé directeur adjoint de l’Opéra national de Paris, poste qu’il occupe jusqu’à sa toute récente nomination. Il écrit alors sur son compte LinkedIn : « Pour un passionné d’opéra, de ballet, de musique, sous toutes ses formes, et de management, c’est une chance extraordinaire de travailler pour l’Opéra de Paris et de travailler, chaque jour, à l’avenir de l’opéra et du ballet. »

En mars 2016, il est nommé administrateur du Volcan, scène nationale du Havre, par le maire de la ville, président de la communauté de l’agglomération havraise et député de la septième circonscription de la Seine-Maritime, à savoir… Édouard Philippe lui-même. Il ne quitte cette fonction qu’en juillet dernier. En novembre 2018, il intègre également le conseil d’orientation des Chorégies d’Orange.

Horizon 2020 : la direction du Centre national de la musique (CNM)

Cet appui d’Édouard Philippe au Havre n’a pas été sans susciter quelques commentaires quant à la récente nomination, notamment de notre confrère Antoine Pecqueur sur France Musique qui n’hésite ainsi pas à parler d’une « nomination […] très politique […] pilotée au-delà du Ministère de la Culture par Matignon. » Même insinuation du côté du Monde, sous la plume de Nicole Vulser. Difficile de corroborer de tels propos, faute de connaissance certaine. Reste que les deux hommes se connaissent bien, et depuis fort longtemps.

Jean-Philippe Thiellay sera secondé par Romain Laleix, ancien conseiller en charge du cinéma et de l’audiovisuel au sein du ministère de la culture et actuel secrétaire général du Bureau Export qui accompagne la filière musicale française dans le développement de ses artistes à l’international, dans le domaine des musiques actuelles et des musiques classiques. Romain Laleix était jusqu’à présent vice-président, au côté de Catherine Ruggeri, du comité opérationnel de mise en place du Centre national de la musique.

Le CNM est « un établissement public à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle du ministre chargé de la culture » (Loi n° 2019-1100 du 30 octobre 2019, article 1), qui se substitue dorénavant au Centre national des variétés, de la chanson et du jazz (CNV). Il a pour vocation de « soutenir l’ensemble du secteur professionnel, dans toutes ses pratiques et dans toutes ses composantes, et en garantir la diversité, dans le respect de l’égale dignité des répertoires et des droits culturels énoncés par la convention de l’Organisation des Nations unies » en 2005.

Doté d’un petit budget de quelque 50 millions d’euros pour sa première année, le CNM intègre notamment le Fonds pour la création musicale (FCM), le Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles (IRMA), le Bureau export de la musique française et le Club action des labels et des disquaires indépendants français. D’autres organismes pourraient également rejoindre le CNM à l’avenir, dont le Fonds pour la création musicale ou encore le Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles.

Pierre MONASTIER

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