Asghar Farhadi : « Je n’utiliserai jamais le cinéma pour transmettre des messages »

Cinq ans après Une séparation, qui lui avait valu l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, le premier Academy Award décerné à un Iranien, Asghar Farhadi renouvelle l’exploit avec Le Client, récompensé en son absence. Le cinéaste iranien est actuellement en pré-production sur son prochain film, un projet espagnol coproduit par la société de Pedro Almodovar (El Deseo) qui sera tourné entièrement en espagnol et n’a pas encore de titre.

Comme toujours, il préfère ne rien dévoiler sur le film, si ce n’est l’identité des acteurs qui participeront à l’aventure (Penelope Cruz et Javier Bardem) et la trame principale du film, qui tournera autour des obstacles rencontrés par une famille — un sujet qui revient dans tous ses films. Le tournage commencera cet été et s’effectuera sur un an en tout. Au festival Qumra, organisé par l’Institut du film de Doha, le réalisateur a répondu aux questions de la presse internationale.

Qu’est-ce que cela vous a fait, de vivre à nouveau l’expérience des Oscars ?

J’avais déjà vécu ça avec Une séparation, même si ça été un peu différent cette fois-ci. J’avais un distributeur différent, Amazon, et je n’ai pas eu à me rendre beaucoup aux États-Unis pour promouvoir le film : il était déjà assez connu, les gens l’avaient déjà vu, donc je n’ai pas vraiment eu besoin d’aller là-bas pour aller le présenter. Au départ, j’avais l’intention d’assister à la cérémonie, mais j’y ai renoncé en apprenant l’interdiction d’entrée sur le territoire américain édictée par Donald Trump. Je l’ai donc suivie en ligne.

Vous êtes actuellement en Espagne, où vous préparez votre prochain film – qui sera interprété par deux grandes vedettes. Est-ce que ça change quelque chose pour vous ?

Comme vous le savez, j’ai réalisé Le Passé en France, donc j’ai déjà une expérience de tournage à l’étranger à mon actif. Je voulais enchaîner sur un projet espagnol, mais j’ai soudain ressenti le besoin de rentrer en Iran et de tourner là-bas. C’était assez une démarche très personnelle et intuitive. Et c’est ainsi que j’ai fait Le Client. À présent, je reviens à mon idée précédente et suis en Espagne pour travailler sur le scénario – car le projet n’est encore que dans sa phase de développement. Côté comédiens, il y a de grands acteurs avec lesquels je m’entends bien, c’est généralement le cas avec les acteurs avec lesquels je travaille. Ils sont très chaleureux et sympa, et j’ai apprécié le temps que je passe avec eux.

Pourquoi avoir choisi ces deux personnalités en particulier ?

Nous avons une relation très simple, amicale et détendue. Nous étions tous très enthousiastes en voyant le scénario, ce qui est une excellente façon de commencer un projet.

Vous travaillez avec Pedro Almodovar. Comment en êtes-vous venu à travailler avec lui, et pourquoi ?

J’ai démarré le projet avec mon producteur habituel (Alexandre Mallet-Guy) de la société de production Memento. Comme le film allait être tourné en Espagne, il fallait un coproducteur local, et le nom de Pedro Almodovar avec El Deseo nous est venu immédiatement à l’esprit, non seulement parce que j’aime beaucoup ce qu’il fait, mais aussi parce que je sais qu’El Deseo est la société de production la plus sérieuse d’Espagne, comme elle l’a prouvé avec ses derniers films.

Vos autres projets porteront-ils sur le climat politique mondial actuel ? Souhaitez-vous transmettre un message en particulier ?

Il y a deux choses que je ne ferai jamais dans ma vie. La première est de faire des films politiques : je n’aime pas voir le monde à travers la fenêtre très étroite du monde politique. J’aime parler de la société et des gens, pas de la politique, qui n’est aux mains que d’une poignée de personnes. La deuxième chose que je ne ferai jamais, c’est d’utiliser le cinéma pour transmettre des messages. Les messages ne sont pas pertinents à notre époque. Nos films devraient poser des questions, pas présenter des réponses.

Pourriez-vous vous imaginer de réaliser un film avec des passages comiques, voire une comédie ?

C’est l’un de mes vœux les plus chers. J’espère faire un jour un film comique, pour parler de l’humanité avec humour. Ça serait une tâche ardue, mais j’espère pouvoir le faire bientôt, peut-être à mon prochain retour en Iran – car je ne me risquerais pas à faire une comédie sur une culture autre que la mienne, et d’ailleurs je ne pense pas que cela soit faisable. Un de mes réalisateurs préférés est Billy Wilder. J’aime ce genre de cinéma.

Propos recueillis par David GONZALEZ

Source partenaire : Cineuropa

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