Sortie de « The Square », de Ruben Östlund, Palme d’or au festival de Cannes 2017

The Square, réalisé par Ruben Östlund, a remporté la prestigieuse Palme d’or, remise par le réalisateur espagnol Pedro Almodovar et l’actrice française Juliette Binoche lors du dernier festival de Cannes. Il sort ce mercredi 18 octobre dans les salles françaises. « Une satire contondante, carrément géniale », selon la critique Bénédicte Prot.
.

Scénario

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour « The Square » : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

Bande annonce et extraits

Interview du réalisateur (anglais)

Conférence de presse au festival de Cannes (anglais)

CritiqueThe Square : une satire contondante, carrément géniale

Le Suédois Ruben Östlund accède enfin à la compétition cannoise avec une œuvre brillamment narquoise qui fait d’un temple de la civilisation bien pensante un zoo ridicule

Après trois sélections remarquées à Cannes, le Suédois Ruben Östlund y fait son retour, cette fois en compétition, avec une oeuvre jalonnée de scènes jubilatoires qui pousse les bobos proprets de notre société occidentale dans leurs retranchements et les met face aux paradoxes les plus cruellement grotesques de leur individualisme grégaire. Comme dans son film, précédent, Snow Therapy, il met en scène dans The Square un personnage masculin, Christian (Claes Bang), d’une veulerie d’autant plus hallucinante que ce charismatique conservateur de musée se fait le porte-parole satisfait d’une classe bien pensante qui se permet même d’être sentencieuse tout en restant parquée, soigneusement protégée de la misère qu’elle a sous les yeux. À travers la réaction pathétique de ce personnage quand on lui vole son téléphone portable, et la campagne infectement cynique lancée par le musée autour d’une installation artistique abstraite (le « Carré » du titre) censée proposer une utopie sociale (un lieu d’égalité où on aide son prochain), qui devient en fait la représentation de la lâcheté de cet univers, Östlund se joue sans ménagement de sa superficialité et de son hypocrisie, avec une intelligence du moindre détail (à chaque instant des 2h20 que dure le film) et un humour qui laissent pantois.

À la faveur du décor du musée d’art contemporain, nouvelle occasion pour le réalisateur de nous régaler de plans génialement composés (mais Östlund est sans conteste de ceux qui, même d’un tas d’ordures sous la pluie battante, sont capables de faire une image incroyable), il pousse son propos jusqu’à un niveau de caricature à la fois hilarant et terrifiant, tant son aberration reste crédible. Car on reconnaît ici beaucoup de personnages familiers : les deux jeunes imbéciles de l’agence de « com » ;  les employés de musée condescendants qui se muent, dès qu’on débouche du Veuve  Cliquot, en une meute gesticulante ; l’Américaine (Elisabeth Moss) qui n’obéit pas tout à fait aux mêmes codes mais n’échappe pas à la médiocrité banale du pauvre plan d’un soir… Il y a aussi l’artiste en pyjama (Dominic West) et l’assemblée qui l’écoute, soudain interloquée d’entendre des insanités s’élever parmi eux, rassurée quand le comportement intempestif peut être rangé derrière le mot « Tourette », de même qu’elle « tolère » sans ciller de violentes démonstrations d’agressivité simiesque, tant qu’elles ne débordent du cadre que d’une manière qu’ils peuvent appréhender (dans une scène extraordinaire où le film trouve son paroxysme), car ce sont eux les singes en smoking, qui réagissent par imitation plus que par solidarité.

Ce qu’Östlund semble faire ici (là où Snow… restait contenu), c’est de pousser ces attitudes vers des extrêmes d’énormité que les mots ne sauraient décrire, comme quand Christian, pour retrouver ses filles au centre commercial, confie ses luxueux achats au mendiant auquel il vient de refuser un piécette (!), non sans veiller avant (sans même s’en cacher !) à ne pas y laisser son portefeuille, ou encore, par exemple (car ce n’est pas tout, tant s’en faut !) , quand il laisse un message à un gamin défavorisé auquel il a fait beaucoup de tort et refusé toute considération, puis poussé dans son escalier et laissé gémir là un temps interminable (avec ses filles endormies dans la pièce d’à-côté) où il finit même, pour justifier ses préjugés et son égoïsme impensable au lieu de s’en tenir à des excuses, par l’imputer à d’autres (non sans se vanter au passage de connaître de grandes fortunes !). L’auteur de Play, cherchant à identifier les limites de l’indécence humaine, laisse le spectateur complètement abasourdi – et étourdi par son talent.

Bénédicte PROT



Fiche réalisée avec l’aide de notre partenaire Cineuropa.


 

728×90
728×90

Related posts

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :