La Cie Tartine Reverdy nous offre « Une heure au ciel »

La compagnie Tartine Reverdy était à Castres pour nous faire goûter Une heure au ciel. Avec une accroche pareille, le spectacle s’annonçait vivant, enfantin et poétique. Retour sur une pédagogie du ciel, teintée de poésie et rythmée par un ensemble de chansons joyeuses et dynamiques : le trio nous fait expérimenter un arc-en-ciel aux mille couleurs !

[Critique]

Une posture poétique : le ciel et l’ailleurs

À première vue, la scène truffée de micros et de fils n’invite que peu à la poésie ; la technique ternit le décor du spectacle. Cependant les nuages, découpés dans du carton et accrochés sur chaque pied de micro, illustrent déjà le ciel sur la terre et plus précisément sur la scène. Sur le rideau du fond, un nuage beaucoup plus grand permet de projeter, tout au long de la pièce, des images complémentaires.

Entrent les artistes dont les costumes ouvrent déjà, par leurs couleurs et leurs formes, une porte vers l’ailleurs. À gauche, Joro Raharinjanahary en tenue typiquement indienne ; à droite, Anne List, chemisier blanc, pantalon bleu ciel. Tartine porte quant à elle une blouse blanche au bas ample, dont les collerettes voltigent au rythme de ses gestes enthousiastes et gracieux. Sur le nuage, la vidéo donnant des consignes de sécurité conditionne les enfants : ils sont dans un avion prêt à décoller. Parsemée dans la salle, la fumée s’ajoute aux nuages qui figurent le ciel… mais que fait-on au ciel ?

Entre chants et mythologie

Après la poésie des objets, la poésie des mots ! Tartine introduit le thème de la chanson, en dialogue avec les autres artistes ou avec le public. Dans des textes rythmés et rimés, la compagnie décline le ciel en diverses images d’épinal : l’ange Célestin, ou encore le petit nuage qui n’a pas besoin de tous les vents promis par sa famille, mais d’une petite bise, d’une simple bise. Nous volons avec les oiseaux et les montgolfières…

Mais la compagnie ne raconte pas seulement des comptines pour enfant, elle insère par exemple la mythologie, carrefour entre l’imaginaire et l’Histoire ; elle y décrit les dieux comme des tout puissants caractériels. Avec ce refrain « Ah sacrés divinités ! », et l’ambivalence de l’adjectif sacré, Tartine Reverdy pose la question de leur attitude et du respect qui leur est dû. Personnages capricieux, incapables d’assumer leurs responsabilités, ils voient leur sacralité remise en question. En présentant l’action des dieux comme un jeu d’enfants dans une cour de récréation, les artistes placent le jeune public comme juge des divinités : il devient professeur quand les dieux sont réduits au rôle d’élèves. Peut-on inviter un enfant, qui se construit et apprend à distinguer ce qui est sérieux de ce qui ne l’est pas, à rire de tout ? Particulièrement à une époque où la place des religions dans la société est un sujet d’actualité brûlant ?

Le ciel dans la vie des enfants

Le parti est pris d’associer l’imaginaire poétique aux projections du ciel : lieu de repos des morts, promesse de récompense, point d’intersection du temps et de l’espace… En racontant une histoire autour d’un objet concret, la compagnie met le ciel à portée de leurs mains, ou de leur esprit. En introduisant avec soin toutes les chansons, Tartine Reverdy, avec ou sans accessoires, assise au bord de la scène en conteuse ou slalomant entre les micros, capte l’attention du public. Avec ses joues rouges, maquillage de clown, elle se fait membre de l’univers des enfants.

La chanson et les projections invitent à faire le lien entre ce que nous entendons, ce que nous voyons et ce qui est raconté. Durant la chanson sur Célestin le petit ange, sont projetés des engrenages qui tournent – symboles de la réflexion, celle actuelle de Célestin et/ou celle potentielle des enfants.

La mort en images

Plus tard, Tartine Reverdy introduit la mort en dédicace à son grand-père qui se trouve là-haut ; elle met alors en musique le regard d’un enfant sur un mort et sur la mort. Des images viennent exprimer cette dure réalité, si difficile pour la compréhension d’un enfant : la gravité de la mort s’inscrit ainsi au milieu des oiseaux, des ailes et des anges ; ce « grand-père aux gants blancs » devient un esprit parmi des créatures volantes.

Utiliser la poésie comme porte d’entrée pour des sujets graves et profonds est mission réussie pour la compagnie Tartine Reverdy. Avec humour et profondeur, les artistes font emprunter aux enfants le chemin entre la terre et le ciel, sur lequel ils parsèment quelques leçons morales : ce qu’on fait, le bien qu’on fait et ce qui nous « donne des ailes » doivent être partagés. « Tout ce qui n’est pas donné – PLOUF – est perdu ! », nous dit la chanson.

Un spectacle adapté à différents publics

Une invitation pour les enfants, et pour les parents qui ont goûté cette heure, à installer et pratiquer le ciel sur la terre. Toucher les enfants, les rendre joyeux tout en prenant au sérieux leur profondeur évite un spectacle éthéré digne des Bisounours. C’est un bonheur pour l’entourage de constater l’enthousiasme céleste des enfants à la sortie. Ce spectacle propose plusieurs niveaux d’interprétation pour passer une heure au ciel.

Les enfants, dès l’âge de quatre ans, apprécieront la légèreté du ciel – battement des mains, sonorités sautillantes des instruments nouveaux, images projetées – et capteront selon leurs capacités les notions de moralité et de philosophie distillées dans le spectacle. Cependant, un tel spectacle est davantage profitable à des enfants de sept, huit, voire dix ans, qui seront à même de saisir l’ensemble du chemin conceptuel prévu par les artistes.

 

Joséphine RABANY



DISTRIBUTION

Mise en scène : Tartine Reverdy

Texte : Tartine Reverdy

Avec :

  • Tartine Reverdy : glockenspiel, accordéon, voix
  • Anne List : contrebasse, basse, duduk, voix
  • Joro Raharinjanahary : guitares, guitarelélé, percussions, voix

Son : Benoît Burger

Lumière et décors : Stéphane Cronenberger

Atelier danse : Jérôme Bruxer

Pilote d’images : Mathieu Linotte

Vidéos : THAÏS Films, Gregory Rodriguez et Michaël Krsovsky

Administrateur : Michel Hents

Coproduction : ville de Schiltigheim, (création salle des fêtes de Schiltigheim), Le Train-Théâtre à Portes-lès-Valence, Centre culturel Pablo Picasso à Homécourt, festival Momix à Kigersheim, L’Illiade à Illkirch-Graffenstaden, La Passerelle à Rixheim, ville de Sevran Festival Rêveurs Éveillés, Les bains douches à Lignières.

Avec le soutien de la région Alsace, du conseil départemental du Bas-Rhin, de la DRAC Alsace et de l’Adami.

Crédit photos : Mathieu Linotte



DOSSIER TECHNIQUE

Informations techniques

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Tournée :

  • Pas de date connue à ce jour.



FIN



 

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