La culture selon… François Fillon

Durant toute la campagne des primaires de la droite, le sujet culturel n’aura pour ainsi dire jamais été abordé. Dans le programme déclaré de François Fillon, on retrouve pourtant plusieurs propositions qui donnent une idée de sa vision de la culture, envisagée comme le socle de l’identité.

Une vision qui pourrait être résumée en trois axes :

  • Le premier est naturellement pour le candidat des républicains l’idée d’une culture au service du récit national.
  • Deuxièmement, l’ambition de François Fillon est aussi de réaliser un certain nombre d’économies sur les investissements publics.
  • Enfin, la culture représente aussi un certain argument de croissance, et au même rang que toute industrie, doit être rendue la plus compétitive possible.

Malgré quelques propositions sur la création qui restent floues, nous verrons ici une conception de la culture dans la ligne traditionnelle de la droite, mettant l’accent sur une logique de rentabilité et sur des valeurs conservatrices.

I. Récit de l’identité nationale

Première annonce forte de son programme, le souhait de sanctuariser le budget du ministère de la culture à 1 % de celui de l’État, dans un contexte où celui-ci est régulièrement menacé de coupes sévères.

La conservation et la mise en valeur du patrimoine français est un des projets les plus mis en avant par François Fillon sur son programme. Il se propose en effet d’augmenter le budget du plan Patrimoine déjà en place de 330 à 400 millions d’euros.

L’autre volet important de l’axe « identité nationale », c’est la proposition d’un renforcement de la place de l’histoire de l’art dans l’éducation. Le but affiché étant de « développer chez la jeunesse la conscience d’appartenir à la civilisation européenne ». Peut-être une nouvelle manière de remettre en question la société multiculturelle en mettant en avant une certaine idée de la culture de civilisation.

L’État doit aussi assumer son rôle de régulateur en s’engageant aux côtés des collectivités territoriales : protection des librairies indépendantes, création de « pépinières d’artistes », afin de « promouvoir leur travail » … Comment ? Nous l’ignorons. Faute d’éléments concrets, difficile de se prononcer sur ces différentes mesures.

II. Réduire les investissements publics

Alors, pas de véritable baisse de budget pour la création ? Disons plutôt une « réorientation », puisque François Fillon mise sur le privé en ce qui concerne les subventions… Un rêve de « Grands Mécènes » qui débarrasserait l’État de cette charge, et qui prendrait la forme d’un conditionnement des subventions régionales à un seuil de préfinancement des projets par le privé.

Pour faire des économies tout en réduisant la « fracture territoriale », François Fillon propose aussi d’ouvrir les établissements culturels plus longtemps…Non pas en recrutant du personnel pour les musées ou les bibliothèques, mais en faisant appel au bénévolat, et aux jeunes du service civique…

Il souhaite aussi imposer le principe d’un nombre minimum de représentations pour les spectacles subventionnés, puisque la France est un des pays d’Europe affichant le plus faible taux de diffusion.

Enfin, pour remplir un peu les caisses de l’État, il faudra s’attendre à la création d’une nouvelle redevance élargie à tous les vecteurs de diffusion : ordinateurs, tablettes, smartphones, en plus de la redevance télé.

Dernier point sur les économies futures : Réformer le régime des intermittents, pour exclure de celui-ci les intermittents occupant de fait un emploi permanent, les fameux « permittents ».

III. Rendre la culture « compétitive »

Pour contrebalancer un désengagement de l’État vis-à-vis de la création, François Fillon mise aussi sur la compétitivité internationale des productions françaises.

Dans le secteur audiovisuel, il souhaite favoriser l’émergence d’entreprises « géantes » européennes, sur le modèle d’Airbus, dans le secteur de la création 3D par-exemple.

Quant au cinéma, la politique de défiscalisation déjà commencée par les gouvernements précédents trouvera une belle continuité, puisque François Fillon compte élargir encore le crédit d’impôt.  Objectif ? Séduire d’avantage les productions tentées par une délocalisation de leurs tournages.

La volonté de booster la compétitivité des entreprises culturelles françaises se traduit enfin par la proposition de contraindre les géants du net (Netflix, Amazon…) à respecter des quotas de diffusions. Une proposition protectionniste qu’il reste encore à négocier…

Enfin, dans une ligne néo-libérale, il faudrait aussi « adapter l’offre culturelle aux exigences du tourisme » … Des mots choisis et laissés libres à l’interprétation…

Si certaines propositions de François Fillon sont encore floues, toutes manifestent une véritable vision de la culture, clairement marquée à droite. Elle est en effet envisagée soit comme un outil au service d’une certaine idée de l’identité nationale, soit comme un argument compétitif au service de la sacro-sainte croissance, mais jamais comme terreau de créations. À ce jour, François Fillon compte bien peu de soutiens notables dans le milieu de la culture.



« La culture selon… » est une série vidéo de Profession Spectacle, lancée en mars 2017. En 3 à 5mn, nous vous proposons de découvrir la vision culturelle de personnalités politiques, leurs déclarations, leur bilan…

Concept, design et réalisation : Maïlys Gelin et Maël Lucas.
Conseils : Pierre Monastier



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1 Comment

  1. Vincent d'Eaubonne

    Billet d’humeur….

    Oui, les intentions de son programme sont transparentes, et portent en transversal la vision de la culture et de sa place dans la société.

    Pour ce courant de pensée le patrimoine, matériel et immatériel, est ce qui fait culture. Car on se retrouve dans des lieux choisis entre gens de bonne compagnie, n’est-ce pas ? Ou l’on peut entendre l’interprétation d’œuvres d’artistes d’autant plus méritoires que, comme les indiens, ils sont morts. Ce qui est bien pratique car on peut leur faire dire n’importe quoi au service d’un fantasmatique « récit national ». Et éviter de se faire rire au nez par lesdits artistes au vu de prétentions culturelles plus ou moins crasse…

    Mais il faut aussi savoir raison garder, et avant tout faire des affaires, puisque la finalité est là, le reste n’étant que vernis fort transparent. A ce titre, si l’on se souvient que la Sarthe n’est pas loin de la Vendée, on se souviendra aussi que la proximité avec De Villiers, dont le génie intellectuel trouve sa plus grande expression dans le Puy du Fou, est encore plus proche.

    Et se déroule devant nous toute la prodigieuse mythologie d’un monde souriant ou la concurrence libre et non faussée donne toute sa mesure. On y vante le modèle économique dudit Puy sans fond, en oubliant bien évidemment que sans les deniers publics, le dit Puy aurait fait faillite depuis longtemps. On a là toute la mécanique de « l’adaptation au tourisme…. »

    Quand à la création dans les arts vivants, ces gens de bonne éducation n’ont bien sûr rien à voir avec les saltimbanques et autres voleurs de poules, bref ces feignasses d’intermittents dont il est temps de purger notre pays.

    Je pourrais bien sûr continuer sur ce mode ad nauséam, mais j’ai présentement rendez-vous avec un ami qui vient de me rapporter un joli costume, avec qui je dois discuter d’un emploi pour son fils de 14 ans, alors je dois vous laisser.

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