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Albert Serra : « En France, le cinéma d’auteur est plus respecté qu’en Espagne »

Albert Serra : « En France, le cinéma d’auteur est plus respecté qu’en Espagne »
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Né en 1975, le réalisateur Albert Serra a marqué le cinéma espagnol de son empreinte dès son deuxième long-métrage : Honor de cavallería, adaptation libre  du Don Quichotte de Miguel de Cervantès. En 2013, il remporte le Léopard d’or au Festival de Locarno pour son film Historia de la meva mort. Il a choisi le 13e festival du cinéma européen à Séville pour présenter en avant-première espagnole de son petit dernier, La Mort de Louis XIV, avec Jean-Pierre Léaud.

La Mort de Louis XIV vient de sortir en France, après sa présentation au dernier Festival de Cannes ? Quand le film arrivera-t-il dans les salles espagnoles ? 

Le 28 novembre. Il sortira aussi aux États-Unis en mars en prévision des Oscars, de même qu’au Royaume-Uni. En Europe, il a des sorties prévues en Belgique et en Suisse. Au Brésil, le lancement aura lieu en janvier, au Mexique et en Corée un peu plus tard. Il s’est mieux vendu que mes autres films, grâce à son acteur [Jean-Pierre Léaud, NDLR] et parce qu’il est plus accessible, plus homogène, moins débordant de folie.

Vous formez avec votre productrice, Montse Triola, un duo solide. 

Oui, c’est le mieux je crois : il faut avoir des gens stables et solides derrière soi parce que, de nos jours, tout est très compliqué. Nous sommes associés au sein d’Andergraun Films, depuis des années : nous avons un tout petit bureau à Barcelone. Nous avons entrepris de faire ce film avec un budget de 370 000 euros, ce qui générait une tension énorme, parce que les décors d’époque coûtent cher et nécessitent de faire les choses comme il faut, bien que chaque recherche sur chaque détail coûte de l’argent. Jean-Pierre Léaud a accepté pour sa participation une somme tellement ridicule que vous auriez du mal à y croire. Plus tard, nous avons trouvé quelques financements supplémentaires au Portugal et puis la télévision catalane nous a rejoints, mais pour une petite part – quoiqu’elle a grossi un peu après le passage du film à Cannes. Quoi qu’il en soit, n’importe quel film espagnol commercial a un budget quatre fois plus important.

Il faut dire que vos projets sont moins coûteux… 

Oui, parce que les gens dépensent moins de notre côté que pour le cinéma commercial – sinon, ils coûteraient autant. La différence, c’est que le travail que font mes acteurs nous amène jusque Cannes, alors que les films plus commerciaux n’y vont pas. C’est donc qu’en termes de qualité, mes films sont égaux ou supérieurs. En France, le cinéma d’auteur est plus respecté qu’en Espagne.

Diriez-vous qu’avec ce film, c’est la première fois que vous parlez d’un personnage réel ?

Casanova, dont parlait Historia de la meva mort, est aussi un personnage qui a existé, même s’il est vrai que je l’ai mélangé avec le personnage fictionnel de Dracula, le tout dans le cadre d’un récit complètement imaginaire. En tant que metteur en scène, il faut continuellement prendre des décisions : on peut donner l’impression de s’en tenir strictement à la vérité (dans les gestes, les objets, la relation des personnages à l’espace) ou donner plus de force à l’intrigue, au dialogue, aux sentiments… Dans le deuxième cas, tout en restant fidèle aux faits historiques tels que rapportés dans les textes, il faut les recréer en évitant le plus possible le cliché, ce qui n’est pas facile du tout.

Vous avez malgré tout, de nouveau, amené votre personnage sur votre terrain ?

De toutes les fois où j’ai tiré des personnages vers mon univers, c’est celle où je l’ai fait le moins. C’est difficile de créer l’équilibre total : d’être fidèle à l’Histoire mais d’omettre des discours qu’a prononcés le monarque avant de mourir. J’aurais aimé y ajouter un peu plus de folie, mais c’était difficile en raison des contraintes d’espace : toute extravagance de trop aurait anéanti la crédibilité de l’ensemble. Dans mon film précédent, c’était totalement possible, mais c’est parce que la prémisse permettait tout, de même que les nombreux décors, dont beaucoup d’extérieurs.

Propos recueillis par Alfonso RIVERA

Source partenaire : Cineuropa.

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