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Appel à candidatures – Concours international de composition pour piano de la revue Nunc

Appel à candidatures – Concours international de composition pour piano de la revue Nunc
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Les éditions Nunc et le festival Présences à Frontenay 2018 (Poésie et piano) sont heureux d’annoncer le premier concours de composition Nunc en 2018. Les compositeurs sont appelés à soumettre une miniature pour piano inédite, avec ou sans électronique, inspirée par un des poèmes de la sélection ci-dessous. Outre un grand prix de composition doté de 500 €, les œuvres primées seront créées lors du festival Présences à Frontenay cet été au Château lors du récital de poésie et de piano par Trami Nguyen ou par Laurent Durupt.

Un grand prix de composition doté de 500,00 euros sera offert à l’un des lauréats. La remise des prix aura lieu en même temps que le concours de poésie Nunc.

Il n’y a pas de limitations d’âge et le concours est ouvert à toutes les nationalités. À défaut d’une œuvre inédite, pourront exceptionnellement être considérées des œuvres non créées en France avec inspiration poétique proche du thème de l’année 2018 « l’Exil ».

La durée de l’œuvre ne peut excéder 4 minutes.

Le jury sera composé du comité artistique du festival, des écrivains et éditeurs de poésie associés à la revue Nunc ainsi que des pianistes Trami Nguyen et Laurent Durupt.

Adresses à laquelle envoyer les partitions : duruptlaurent@gmail.com et miageynturn@icloud.com

Adresse postale (pour format papier) : 3 avenue de Stalingrad – 92220 BAGNEUX – France

Date limite d’envoi : 31 mai 2018 (pour format pdf)



Sélection de poèmes

– Erri de luca, Aller simple (extrait)
– Beckett, Soubresauts (extrait)
– Wang Wei, Vous qui venez de mon pays natal
– Adonis, Terre d’exil
– Mahmoud Darwich, Passeport
– Liminaire du festival par Pierrick de Chermont

Erri DE LUCA, Chœur

De toute distance nous arriverons, à millions de pas
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.

De nos flancs naît votre nouveau monde,
elle est nôtre la rupture des eaux, la montée du lait.

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.

Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.

Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
Nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas.

L’un de nous a dit au nom de tous :
« D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens. »

Source : Aller simple, traduction de l’italien par Daniel Valin, éditions Gallimard, 2012.

Samuel Beckett, Soubresauts (extrait)

Ainsi allait avant de se figer à nouveau lorsqu’à ses oreilles depuis ses tréfonds oh qu’il serait et ici un mot perdu que de finir là où jamais avant. Puis long silence long tout court ou si long que peut-être plus rien et puis à nouveau depuis ses tréfonds à peine un murmure oh qu’il serait et ici le mot perdu que de finir là où jamais avant. En tout cas quoi que ça pût être que de finir et ainsi de suite n’y était-il pas déjà là même où il se trouvait figé sur place et plié en deux et sans cesse à ses oreilles depuis ses tréfonds à peine un murmure oh qu’il serait quoi et ainsi de suite ne se trouvait-il pas à en croire ses yeux déjà là où jamais avant ? Car même un tel que lui s’étant trouvé une fois dans un lieu pareil comment n’aurait-il pas frémi en s’y retrouvant ce qu’il n’avait pas fait et ayant frémi cherché du réconfort en songeant soi-disant qu’ayant trouvé le moyen d’en sortir alors il pouvait le retrouver pour en sortir encore ce qu’il n’avait pas fait non plus ? Là donc tout ce temps où jamais avant et quelque part qu’il cherchât des yeux nul danger ou espoir selon le cas d’en jamais sortir. Fallait-il donc comme si de rien n’était pousser de l’avant tantôt dans une direction tantôt dans une autre ou au contraire ne plus bouger selon le cas c’est-à-dire selon ce mot perdu lequel s’il s’avérait négatif tel que malheureux ou malvenu par exemple alors évidemment malgré tout l’un et au cas contraire alors évidemment l’autre à savoir ne plus bouger. Tel à titre d’échantillon le vacarme dans son esprit soi-disant jusqu’à plus rien depuis ses tréfonds qu’à peine de loin en loin oh finir. N’importe comment n’importe où. Temps et peine et soi soi-disant. Oh tout finir.

Source : Soubresauts, Samuel Beckett, éditions de Minuit, 1989, p. 25.

WANG Wei, Vous qui venez de mon pays natal

vous qui venez de mon pays natal,
vous devez en savoir mille choses.
À votre départ, le prunier d’hiver,
avait-il fleuri devant ma fenêtre ?

Source : La poésie chinoise, de Patricia Guillermaz, éditions Seghers, 1957.

ADONIS, Terre d’exil

Terre d’exil. Prière :
que la ruine soit prophète,
que les pierres deviennent élégie pour ses pas,
étoiles filantes pour ses démons.
Terre d’exil – Nous saluons Manât
et la face de ta ‘Uzzâ, ô déserts.
Nous t’invoquons : Ô Lât ! Tu es féminité. Poésie,
que la terre soit lit et féminité.

Mahmoud DARWICH, Passeport

Ils ne m’ont pas connu dans les simulacres
qui phagocytent mon teint sur le passeport,
et ma blessure était pour eux une exposition
pour touriste se passionnant pour les collections d’images.
Ils ne m’ont pas connu, ah ! ne laisse pas
mes mains sans soleil
car les arbres
me connaissent…
Et me connaissent toutes les chansons de pluie.
Ne me laisse pas aussi blême que la lune.

Tous les oiseaux qui ont escorté
mes paumes aux portes du lointain aéroport,
tous les champs de blé,
tous les pénitenciers
tous les sépulcres blancs
toutes les frontières,
tous les mouchoirs jetés,
tous les yeux,
étaient pour moi,
mais ils les ont expulsés du passeport !

Privé du nom, d’une appartenance
dans une terre nourries de mes mains ?
Jonas a hurlé aujourd’hui à remplir les cieux,
ne faites pas deux fois de moi un exemple

Messieurs, messieurs les hérauts,
ne demandez pas aux arbres leurs noms,
ne demandez pas aux rivières leurs mères,
de mon front se fend l’épée de lumière,
et de ma main jaillit l’eau du fleuve,
tous les cœurs sont mes compatriotes,
jetez donc loin de moi ce passeport !

Source : Actualité de l’émigration, traduction de l’arabe par Omar Merzoug, 1988.

Liminaire : La maison aux volets fermés de Pierrick de Chermont
À Franz Kafka

– […] J’aperçus une maison aux volets rouges fermés.
– Aux volets rouges fermés ? reprit l’officier. Bien, bien.
C’était la fin de l’interrogatoire, qui concluait une journée d’épreuves rendue obligatoire à tous les habitants de la colonie ; épreuve plutôt simple puisqu’elle consistait à rester six heures devant un paysage, sans rien faire, sans écran, sans personne ; et en fin de la journée, être interrogé par un officier sur ce qu’on avait vu.
– Vous êtes donc un exilé, conclut l’officier en souriant. Nous allons devoir vous expulser. »
– Je ne savais pas que j’étais en exil », lui répondit l’habitant en souriant à son tour. Un silence s’établit. « Quelle va être la suite de la procédure ? Pensez-vous qu’il y en a pour longtemps ? »
– Non. Vous avez de la chance. L’appareil est disponible. Le commandant vous prendra en charge en début de soirée.

L’appareil était maintenant devant leurs yeux après une bonne heure de marche. Ils avaient eu chaud. Les menottes avaient irrité l’épiderme du prisonnier, mais enfin ils étaient arrivés au but. L’appareil était celui-là qui avait servi des années durant, puis qu’on avait jeté aux oubliettes quand les autorités avaient changé. Mais, face aux problèmes que posait maintenant l’immortalité – cette apathie douloureuse qui régnait dans la colonie – l’arrière arrière petit-fils du commandant avait eu l’idée de réactiver l’appareil, et, en revoyant les réglages pour en faire un appareil à expulser en toute certitude.

– Je ne vais pas vous faire l’affront de vous présenter l’appareil, objet de tous les rêves de notre colonie. Bien sûr, je ne vous cacherai pas que les premiers exilés ont essuyé les inévitables ratés des débuts. Mais enfin, nous avons connu aucun échec : tous ont pu mourir.
– Mourir ? » Les yeux de l’habitant brillaient.
– Oui nous pouvons nous vanter d’un taux de réussite de cent pour cent, jusqu’à ce jour ». Il portait, coincé entre son cou et le col de sa veste les deux mouchoirs emblématiques de son ancêtre.

« Je ne vous cacherai pas que vous allez souffrir, hélas moins longtemps qu’autrefois. L’appareil n’y est pour rien, c’est notre résistance qui s’est affaiblie. Les plus solides tiennent une heure à peine. » Après une légère hésitation. « Toutefois, si vous n’y autorisez, je tenterai volontiers un nouveau réglage qui pourrait rallonger la durée de votre agonie à trois heures.

– Trois heures ? hocha rêveusement l’habitant. La durée même du Christ sur la croix, je n’ose y croire…
– Bien sûr, je ne vous garantis rien, ajouta aussitôt le commandant. Pour mettre le maximum de chances de notre côté, je vais vous décrire avec précision le déroulé de l’épreuve ; votre capacité de résistance s’en trouvera accru.

« Le début, j’imagine, vous est familier : le robot, ici présent, découpe d’un coup vos vêtements en deux parts égales, puis il vous soulève et vous transporte jusqu’au le lit du supplice ; un lit recouvert d’une terre sélectionnée grâce à notre algorithme pour reproduire votre terre natale. Au début, bien sûr, vous la humerez, mais elle ne vous dira rien – peut-être même ressentirez-vous un léger écœurement.

« Ensuite, vous entendez la herse s’agiter au-dessus de vous, avec les mêmes grincements d’origine (j’en suis très fier). Ils réveilleront en vous quelque chose qu’on pourrait appeler votre âme d’enfant et, en même temps, l’espérance d’un dénouement (enfin la mort vous direz-vous). Les aiguilles, après être descendues avec lenteur, viennent effleurer votre épiderme et commencent leur ouvrage scribe.

Les premiers mouvements suscitent à peine un chatouillement, puis, les aiguilles pénètrent douloureusement dans la chair et de plus en plus profondément. Elles y tracent le nom de votre terre natale dans toutes les langues connues. Après chaque action, vous chercherez à lire pour découvrir l’énigme, mais aussitôt le nom lu, vous perdrez la connaissance de cette langue ; tout son vocabulaire, toute sa syntaxe et tous les souvenirs que vous avez accumulés seront brutalement effacés. En échange, si vous me permettez cette conception marchande de l’opération, les effluves de la terre se feront de plus en plus fortes et vous serez de plus en plus proche de la reconnaître. Moment poignant et délicieux, où se mêlent souffrance et proximité du dénouement.

La dernière langue que la herse emploiera sera dans votre langue natale, enfin retrouvée. Imaginez un peu : le nom de votre terre natale dans votre langue natale ! Naturellement, vous voudrez la dire, et vous la direz dans votre dernier souffle ; et tandis que tout ce que vous avez perdu et que vous allez perdre à nouveau vous envahit et ravive votre conscience, vous illumine, vous éprouvez le mystère de votre dernier souffle, le mystère de votre sang abreuvant votre terre natale. Ainsi, non seulement vous allez mourir, mais lors votre dernier souffle, vous retrouvez comme neuve votre espérance natale par le froid baiser de la mort. »

Hélas – si l’on en croit le rapport de l’officier de service – les choses ne se sont pas déroulées avec une telle réussite. Au milieu du supplice, des bandes armées ont débarqué et, grâce à leur armement sophistiqué, ont tué la totalité de la colonie (sauf l’officier bien caché), mettant fin à leur croyance en l’immortalité. Quand l’officier sortit de sa cachette et voulut rendre hommage au commandement et à son dernier supplicié, il se pencha sur le cadavre et eut la surprise de pouvoir lire le nom du pays natal : Terre promise. Depuis, l’officier erre d’une colonie à l’autre, en quête de la maison aux volets rouges fermés.



 

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