Depuis plus de six mois, Profession Spectacle cherche à en savoir davantage sur les nombreuses annonces culturelles faites par le conseil régional de PACA, en la personne de son président Christian Estrosi. De promesses en relances, rien ne vient ; un flou total semble entourer les mesures concrètes liées à la culture. Notre correspondant régional, Matthieu de Guillebon, dresse un constat cynique, constitué d’impuissance et de mépris.

Chronique du mépris politique ordinaire à l’encontre des médias et des acteurs de la culture.

Le journaliste est semblable au sourcier. Comme celui-ci espère que son bâton s’agite pour révéler l’eau muette, le journaliste doit savoir faire parler les murs. L’un et l’autre veulent faire jaillir la source. Il faut que ça bruisse ! Pour cela, être aux aguets ; se montrer humble, tenace, tout à l’écoute. Avancer à tâtons, jusqu’à toucher du doigt la faille ; choyer l’écrin moussu dans l’espoir d’un murmure obligeant. Mais quand la source, obstinément, refuse de délivrer son flot, il arrive de frapper la roche d’un coup puissant, comme Moïse, dans l’espoir d’un beau jet.

J’étais ainsi parti un beau matin, dans l’idée d’entendre le murmure chantant d’un conseiller régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, région dont j’ai le privilège d’être administré, donc de pouvoir participer à l’élection des membres représentants. Le conseil régional a notamment pour mission d’allouer des subventions aux institutions culturelles. Ayant quelque intérêt pour elles, ainsi que pour la chose publique, je souhaitais obtenir quelques informations.

– Monsieur Estrosi, dites-moi, était-ce si déraisonnable de chercher à comprendre ce que votre nouvelle équipe s’apprêtait à changer en reprenant la région ?

J’ai dit qu’il faisait beau, c’était au mois de juin. Le nouveau président de la région PACA avait promis d’augmenter le budget alloué à la culture, qui « n’est pas un sujet de gauche », avait-il dit dans une de ces belles formules qui font la gloire de la politique. Nous savons qu’un bon sourcier ne se satisfait pas que le bruit court, il veut voir couler l’eau. Les institutions et les associations culturelles espèrent, elles, voir couler l’argent. Le journaliste, que coule l’information. Tous attendent que ça coule.

Ça coule pour moi !

Journaliste de culture, administré de la région de Pagnol et de Gaudin, comme je l’ai dit, je songeai qu’il me serait aisé de m’introduire dans la faille sur laquelle mon bâton s’était soulevé, pour en faire couler le flux. Aussitôt dit, aussitôt fait, je m’introduis dans le service de com’ du Président. Une femme me tient en patience : « une interview avec le président pourrait être envisagée ». En journalisme, comme en politique, comme en amour, méfions-nous des promesses au conditionnel. « Mais son agenda est très chargé », ajoute-t-elle. Diable, voilà du concret, me dis-je !

« Pensez-vous qu’il serait possible d’envisager une interview écrite ? », me demande plus tard la femme. Mon métier étant d’écrire, je lui confesse que oui. Après tout, je suis aux ordres du président. Surtout depuis que j’ai appris que son agenda est très chargé

Cinéma et audiovisuel : comment est votre budget ?

 Avec promptitude, j’envoie mon questionnaire.

M’appuyant sur le rapport du cabinet IDATE & HEXACOM remis fin 2013 à la direction de la culture et du patrimoine, qui révélait que « le budget dédié au cinéma et à l’audiovisuel n’avait pas progressé en valeur absolue sur sa part culture entre 2003 et 2013 », je souhaite savoir s’il va progresser. Si le fonds d’aide que ce même rapport a estimé « sous-dimensionné par rapport au poids de la région dans le secteur », sera revalorisé par la nouvelle équipe. Enfin, je demande quels sont les projets d’avenir importants pour le cinéma et l’audiovisuel auxquels la région PACA apportera son soutien et quels sont les prévisions ou les objectifs des budgets futurs.

Les questions sont un peu techniques, mais le président du conseil régional devrait savoir me répondre, lui ou l’un des membres de l’armée de communicants qui l’entourent et dont le mot d’ordre semble être de se renvoyer l’importun (moi) à dessein de le noyer dans le vide avant qu’il ait rencontré aucune source. Une vieille tactique d’administration. Deux semaines durant, on me balade ainsi, de promesse électorale en espoir infernal, en guettant l’arrivée des vacances qui m’obligeront à lâcher. On me demande « quelle est ma date dutoir », un beau néologisme pour rendre compte de ce qui est dû à échéance. On attend peut-être que je m’épuise, car on n’a encore délivré aucune information pour épancher ma soif. Et puis, on me fait savoir que le président ne me répondra pas tout de suite, mais peut-être en septembre. De grandes manœuvres seraient à venir…

Parole, parole, parole !

Septembre. L’été n’a pas apaisé ma soif, bien au contraire. Je replonge dans la faille dont je sonde le murmure. Plus rien n’en sort. L’on a pris ses vacances, au service de presse et de communication.

Décembre. Je tente une autre stratégie d’approche. Je fais valoir que la presse régionale a évoqué la signature par François Hollande et Christian Estrosi du contrat de plan État-région qui devrait notamment profiter à la culture.

– L’un des membres du conseil régional (je n’ose plus évoquer le président qui m’a laissé si démuni) pourrait-il m’en apprendre un peu plus ?

Un homme du service de communication du conseil régional, auquel je n’avais pas encore eu affaire, me prie de le contacter « pour préciser ma demande ». Subodorant la belle prise, je m’enfourne dans la faille. Je lui téléphone, il répond, me parle presque. Moi, je parle beaucoup, pour tout lui expliquer, de loin j’entends qu’il est vaguement là, à l’autre bout de la ligne, et puis celle-ci est brusquement coupée. Je n’aurai plus rien du tout. La faille est refermée, mes appels vains, mon bâton de sourcier impuissant. Je n’aurai rien su faire jaillir de cette roche inerte. Nul ne m’aura parlé et je me sens tout frustré, après six mois d’attente et d’opiniâtreté.

Mais soyons tout à fait honnête : Marion Maréchal-Le Pen non plus, n’a jamais daigné répondre à mes questions concernant son programme culturel. Je commence à me demander si je ne devrais pas changer de métier. Ou eux ? Si la culture les intéresse. Ou moi ? Si j’ai un don pour parler aux sources. S’ils en ont un pour parler au peuple ?

Matthieu de GUILLEBON