Danielle Darrieux, qui a 100 ans aujourd’hui, a incarné, avant Brigitte Bardot et Catherine Deneuve, une certaine idée de la Française : élégante, piquante… Elle vit aujourd’hui dans l’Eure. « Je suis née le jour même où partout en France on vend du muguet », s’amusait, dans ses souvenirs, cette actrice aux 103 films et à la trentaine de pièces, archétype de la beauté féminine pour toute une génération.

« C’est un phénomène unique en son genre. Quelle autre actrice en France et dans le monde peut se targuer d’avoir débuté sa carrière à 14 ans à peine pour la finir à l’âge de 93 ans ? », s’interroge Clara Laurent dans son livre qui vient de sortir Danielle Darrieux, une femme moderne (éd. Hors-Collection).

Début de carrière à 14 ans

Née le 1er mai 1917 à Bordeaux, fille d’un médecin et d’un couple mélomane, elle souffle ses quatorze bougies sur le plateau de son premier film Le Bal, de Wilhelm Thiele en 1931. Elle devient alors l’une des rares françaises à mener une carrière internationale, principalement en Europe : Allemagne, Tchécoslovaquie, Hongrie.

« J’allais au studio comme on va à l’école, j’étais paresseuse et je le suis restée. Je n’étais qu’une jeune fille alors que les autres filles de mon âge jouaient déjà à la vamp », disait-elle. Ce fut peut-être une des clés de son succès.

DD ou « la fiancée de Paris »

De Mayerling (1935), son premier rôle tragique qui fait de Danielle Darrieux une actrice de renommée nationale, à Battements de cœur (1939) d’Henri Decoin, son premier mari, elle est la coqueluche de l’avant-guerre d’autant qu’à ses talents de comédienne s’ajoute une très jolie voix. On l’appelait alors DD. On disait aussi : « la fiancée de Paris ».

Le succès mondial de Mayerling lui ouvre les portes d’Hollywood. Après avoir signé un contrat de 7 ans avec les studios Universal, elle tourne The Rage of Paris (« La coqueluche de Paris ») avec Douglas Fairbanks Jr, en 1938. Mais, très vite, DD s’ennuie et, au bout d’un an, rentre en France.

Divorcée en 1941, elle se remarie l’année suivante avec le diplomate milliardaire et play-boy dominicain Porfirio Rubirosa. C’est pour lui, par amour, qu’elle aurait fait le fameux voyage à Berlin en 1942 avec d’autres acteurs français : Rubirosa, soupçonné d’espionnage, venait d’être arrêté par les Allemands. DD passe la fin de la guerre en résidence surveillée à Mégève.

« Sublime comédienne ! »

Elle se marie à nouveau en 1948 avec le scénariste Georges Mitsinkidès. Une nouvelle carrière s’ouvre à elle… Elle est l’inoubliable partenaire de Charles Boyer dans La ronde (1951), de Jean Gabin dans La Vérité sur Bébé Donge, réalisé par son ancien mari devenu ami Henri Decoin (1953), ou de Gérard Philipe dans Le Rouge et le Noir (1954). Danielle Darrieux, dont la moue boudeuse faisait la joie des photographes, tourne de nouveau aux États-Unis, comme dans L’affaire Cicéron de Joseph Mankiewicz, avec James Mason, en 1952.

Max Ophüls en fait sa muse, notamment dans La Ronde (1951) et Madame de… (1953). Le réalisateur est fasciné par la grâce de la femme : « Quelle sublime comédienne ! Regardez ce tendre mouvement de l’épaule ! Regardez ses yeux mi-fermés ! Et son sourire ! »

Danielle Darrieux elle-même a un faible pour les films joués sous la houlette de Max Ophüls, et plus particulièrement Madame de…, comme elle le confie au journal L’Express en 1997 :

« J’adore ce film. C’est même le seul que je regarde avec un vrai plaisir. Je devais être terriblement amoureuse pour dégager de telles ondes. Amoureuse de Max Ophüls, de Charles Boyer, que je retrouvais dix-huit ans après Mayerling, et de Vittorio De Sica, qui avait un charme fou. J’étais au milieu de ces trois hommes sublimes, comme dans un rêve. D’ailleurs, à l’écran, on voit bien que je suis sur un nuage. Il y a eu un miracle. C’est peut-être aussi parce que c’était mon dernier film avec Ophüls ».

En 1959, Julien Duvivier la choisit comme figure centrale de son huis clos Marie-Octobre qui demeure, aujourd’hui encore, l’un des plus grands succès publics de l’actrice. Cette dernière évolue dans le film parmi la crème des acteurs français de l’époque : Lino Ventura, Paul Meurisse, Lino Ventura, Serge Reggiani, Bernard Blier…

Carrière théâtrale

Danielle Darrieux triomphe à Broadway en 1971 dans une comédie musicale sur Coco Chanel. On la voit ensuite au théâtre à Paris dans Domino (1970) ou Adorable Julia (1987).

En 2003, elle interprète seule en scène Oscar et la Dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt, qui lui vaut un Molière de la meilleure comédienne : « Parce qu’Oscar et la dame rose est un hymne à la vie, je l’ai dédié à Danielle Darrieux, écrit Éric-Emmanuel Schmitt. Pétillante, malicieuse, caustique, rosse, naturelle, loin de tout pathétique, gourmande, lumineuse, pudique, elle est pour moi l’incarnation de ce que je voulais dire. »

A un âge avancé, Danielle Darrieux a inspiré les jeunes réalisateurs comme François Ozon, dans Huit femmes en 2002. « C’est la seule femme qui m’empêche d’avoir peur de vieillir », disait Catherine Deneuve, partenaire dans ce film.

Vanessa LUDIER

[avec AFP]

Parmi le hommages rendus en France :

  • Rétrospective organisée au cinéma parisien Grand Action ce week-end ;
  • Colloque à l’université Bordeaux Montaigne du 3 au 5 mai ;
  • Hommage en novembre prochain à la cinémathèque de Toulouse.