Pour cette seconde chronique des « Feuillets d’album de Royaumont », Thomas Vernet poursuit sa présentation générale sur les bibliothèques musicales : ses enjeux, sa mission, son avenir… Une bibliothèque musicale nécessite en effet l’effort conjoint du collectionneur, du musicologue, de l’interprète, du bibliothécaire, afin que les interprètes et créateurs puissent actualiser les trésors du passé. Une œuvre de transmission collective.

« Feuillets d’album de Royaumont »

Qu’il soit collectionneur, musicien, chercheur, bibliothécaire, créateur…chacun se forge, au gré de ses attentes et de ses besoins, sa propre idée de la bibliothèque musicale idéale. Ainsi le collectionneur privilégiera l’enrichissement du fonds, le musicologue l’étude des œuvres ; l’interprète cherchera de nouvelles sources en vue de leur diffusion tandis que le créateur y verra un mode de transmission faisant écho à son propre travail d’écriture ; enfin le bibliothécaire s’efforcera de veiller à la conservation et à la valorisation de l’ensemble.

Cette classification, proposée ici sans hiérarchie mais de façon volontairement schématique, met en lumière les attentes complémentaires que put susciter l’acquisition en 2006 de la collection musicale de François Lang par la Fondation Royaumont et indique par là-même son pouvoir fédérateur.

La Fondation Royaumont, par la multiplicité de ses missions artistiques et la diversité de ses acteurs, était le lieu propice au croisement de l’ensemble de ces aspects afin que cette bibliothèque musicale atypique trouve naturellement sa place à la croisée des parcours artistiques et scientifique, mais joue également un rôle pour la préservation du patrimoine.

Offrir une troisième vie à la collection

En formant sa collection entre la fin des années 1920 et la Seconde Guerre mondiale, François Lang lui avait offert une première vie ; une seconde s’ouvrit lorsqu’elle fut installée à l’abbaye de Royaumont dans les années de l’immédiat après-guerre (féminin ?), à l’initiative d’Isabelle Lang (1904-1988) – sœur du pianiste-collectionneur tragiquement disparu – et de son mari Henry Gouin (1900-1977). Son acquisition par la Fondation marque donc une troisième étape de la destinée de ce fonds constitué principalement d’œuvres pour claviers des XVIIe-XIXe siècles, d’opéras français des XVIIe-XVIIIe siècles, de la littérature musicale du XIXe siècle jusqu’à Debussy… Une étape inédite d’autant plus décisive qu’elle permit de donner à cette collection une vie qu’elle n’avait jamais eue…

Il est de coutume dans les bibliothèques publiques de ne pas tenir compte de l’intégrité d’une collection, mais d’en disperser la structure au profit de la nature des ouvrages – imprimés ou manuscrits, textes littéraires ou musicaux… – voire de leurs formats. Au contraire, il a été fait le choix à la Bibliothèque musicale François Lang (BmFL) de respecter l’intégrité de chacun des fonds accueillis – celui de François Lang ainsi que ceux venus enrichir les collections depuis 2009 – afin de conserver une sorte de profil de chacun des collectionneurs qui les ont constitués, de favoriser l’étude même de ces fonds en leur qualité d’objet patrimoniaux.

Mais pour favoriser le travail sur ces sources anciennes et aborder les spécificités de ses fonds, la BmFL s’est dotée d’une bibliothèque d’étude constituée d’ouvrages musicologiques de références et de dictionnaires spécialisés afin de disposer des meilleurs outils permettant de contextualiser l’étude des œuvres manuscrites ou imprimées constituant le fonds précieux.

Section dédiée aux œuvres d’aujourd’hui

Depuis son ouverture aux activités de la Fondation, la BmFL s’est donc enrichie de plusieurs fonds proposés en dons directement par des collectionneurs ou leurs héritiers – nous aurons l’occasion de les présenter dans ces « Feuillets d’album ». Mais si ces ensembles documentaires concernent en priorité des répertoires anciens, la Fondation Royaumont intègre dans ses missions fondamentales le soutien à la création.

Or la création entretient également des liens avec la BmFL puisque celle-ci conserve l’ensemble des œuvres écrites à Royaumont par de jeunes compositeurs lors des sessions de composition de l’Académie Voix Nouvelles dirigée par Jean-Philippe Wurtz. Par ailleurs, une démarche auprès des compositeurs confirmés a été entreprise afin de les inviter à déposer à Royaumont leurs esquisses et manuscrits. Cette section dédiée à la musique d’aujourd’hui renforce donc l’inscription de la BmFL dans le présent, un présent sans cesse questionné par la proximité des œuvres du passé.

Thomas VERNET

Fondation Royaumont – responsable de la BmFL / MMM

Cette chronique s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre la Fondation Royaumont et Profession Spectacle.

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