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Fabrice Luchini, la poésie, une présence et la vie !

Fabrice Luchini, la poésie, une présence et la vie !
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On ne présente plus Fabrice Luchini… Entre deux représentations au théâtre Montparnasse, le comédien s’octroie des petites virées en province, pour offrir au public son spectacle Poésie, récital de textes déclamé sur un ton dont lui seul a le secret : promesse de poésie, récit passionné, une rencontre avec la littérature. Il était récemment dans les théâtres de Castres et de Montauban.

Par ses différentes apparitions, Fabrice Luchini laisse l’image d’un fou de la littérature qui, par sa simple élocution, questionnée et sans cesse retravaillée, rend un élan fougueux et intense – un amant susurrant aux oreilles de sa douce.

Une présence scénique enthousiasmante

Chemise claire, fines bottines marron, Fabrice Luchini entre sur la scène, pose sa veste en cuir, s’assoit sur l’accoudoir du fauteuil et parle. Il ne fera guère davantage, mais captera l’attention du public grâce à son jeu de tonalités et de volume. Une diction lente et processionnelle révèle la magie d’un verbe suffisamment maîtrisé pour être improvisé, au service de son spectacle.

Ainsi, il interprète – et le terme d’interprétation n’est pas trop fort le concernant – le Bateau Ivre de Rimbaud, tant avec sa voix qu’avec ses mains : ces dernières nous guident. Il agit alors comme Tom Hulce dans Amadeus quand, sur son lit de mort, Mozart compose le Lacrimosa. Il s’agite, ferme les yeux, ressent les notes, mime l’animation et, dans son élan, compose ; dernier duel entre la vie et la mort, ultime sursaut de vie ! Fabrice Luchini, emporté corps et âme, vit la récitation du Bateau Ivre. Ses apartés à l’attention de ceux qui seraient éloignés de la littérature manifestent sa volonté de partager avec tous une interprétation personnelle et musicale. Dans les extraits qu’il déclame autant qu’avec la narration de son histoire, il tient son public par une mise en scène de lui-même, par le jeu dans les tons, par son corps qui se déplace et qui vit au même rythme que son fil conducteur. En somme, tout son être exprime et incarne son amour de la vie et de la poésie.

Une poésie de vie

Il développe sa présence scénique  pour nous faire expérimenter ses mots. Il l’indique dès le départ : « N’essayez pas de comprendre la poésie, mais écoutez les sons ! » – et cela sous  plusieurs formes, Le bateau ivre, Mort à Crédit, Les deux timides. Luchini nous appelle à lire le verbe d’un extrait de théâtre, d’un poème, d’un roman ; le son, le ton, la situation, la vie exposée dans tel morceau, sont poésie.

Lorsqu’il joue Jules Frémissin dans Les Deux Timides, timide invité à s’asseoir par la femme qu’il aime et venu la demander en mariage à un père lui-même timide, il répond : « Avec plaisir, je ne suis pas fatigué ». Coup de cœur de Fabrice Luchini qui, le mettant en scène, nous emporte avec lui dans son enthousiasme, n’hésitant pas à le rejouer plusieurs fois comme il le ferait avec des amis. Ainsi nous rapproche-t-il de cette poésie de situation. Outre son jeu, la salle même de Castres permet cette proximité grâce un intérieur chaleureux et de petite taille. Nous sommes comme autour d’une table, avec lui nous racontant ses anecdotes. À cela, il ajoute son propre décor : un club marron, une table d’appoint, un bureau, une lampe ; il nous invite dans son salon à discuter de Poésie avec lui.

Chemin littéraire

Finalement, son parcours même – le fil conducteur du spectacle – illustre une accessibilité de la poésie par la vie. Coiffeur inculte, Fabrice Luchini dit avoir découvert la littérature par la rencontre avec un « clochard céleste ». Plus tard, des rôles cinématographiques le conduisent sur la scène du théâtre d’où il savoure la diction ainsi que les perles poétiques. Ces constatations supposent une certaine authenticité dans sa présence et dans son discours – d’où ce franc moment de poésie. à mesure que nous nous ouvrons au quotidien, aux ressentis, aux événements, nous accédons au meilleur de la littérature et aux plaisirs qu’elle provoque.

À qui s’adresse-t-il ? Dans la salle, un public mixte, aux âges et aux milieux sociaux les plus divers… Il nous convainc que les littérateurs ne sont pas des intellectuels inaccessibles mais des gens au cœur de leur humanité. Il s’insérerait presque dans une démarche de démocratisation de la culture, d’abord par sa représentation dans le théâtre de Castres (et celui de Montauban), ensuite par sa proximité avec nous, en voyageant entre Johnny Hallyday, François Hollande et Arthur Rimbaud. Ce qui fait dire à une professeur de français de collège, à l’issue de la représentation : « J’aurais dû emmener mes élèves ! »

La poésie comme aventure amoureuse

Cette pratique là de « démocratisation de la culture » peut avoir ceci d’irritant que Luchini est parfois à la limite du grotesque : il fait des blagues faciles pour séduire ou préfère encore déboutonner sa chemise plutôt que de lire des poèmes, comme le titre le promet. Il déroute, voire agace parfois. Cependant, il rappelle que la littérature n’est pas qu’un acquis à valider : lui l’a rencontrée par hasard ; peut-être n’aurait-il jamais lu sans cela  ?  Il s’agit bien d’une beauté à apprécier – une pépite à croquer parmi d’autres plaisirs et joies de la vie.

Tel est le spectacle de Luchini : il faut être prêt à vivre, à recevoir le réel. Voici comment la littérature est vie : en comparant une journée type avec Johnny Hallyday, lors du tournage de Jean-Philippe en 2006. Quand ce dernier demande ce qu’a fait Fabrice Luchini l’après-midi, en attendant la reprise  du tournage de nuit, le comédien détaille : « de la marche pour le cardio training, écouté de la musique classique et lu un livre de Schopenhauer ». Rassuré que Luchini ait passé une bonne journée, telle qu’il l’apprécie, le chanteur lui répond : « Tu t’es emmerdé quoi ! » Luchini explique tout au long de son spectacle que, cet après-midi là, il a vécu, il a aimé : la poésie est comme une aventure amoureuse.

Joséphine RABANY



DISTRIBUTION

Spectacle : Fabrice Luchini

Texte : Molière, Arthur Rimbaud, Gustave Flaubert, Eugène Labiche, Charles Baudelaire, La Fontaine…



DOSSIER TECHNIQUE

Informations techniques

  • Durée : 1h30
  • Public : à partir de 15 ans

 



OÙ VOIR LE SPECTACLE ?

Tournée :

  •  Du 7 mars 2016 au 20 mars 2017 : théâtre de Montparnasse (22 à 60 € la place).
    • Lundi : 20h
    • Mardi et mercredi : 18h30


 

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