Quatorze compagnies françaises invitées à danser en Grande-Bretagne ! Organisé par les Instituts français de Londres et de Paris, France Dance UK est un festival ponctuel qui fait danser les artistes français outre-Manche. Les représentations s’intègreront aux programmes de seize festivals et institutions britanniques et s’étaleront sur quatre mois.

Avec France Dance UK, l’Institut français de Londres souhaite rappeler que, malgré le Brexit, le Royaume-Uni possède une scène culturelle très ouverte et que ses liens culturels avec l’Europe ne risquent pas de s’effriter… Ce festival permet en effet à quatorze artistes et compagnies implantés en France de se produire outre-Manche. Les représentations s’intègrent à différents festivals et programmes de salles britanniques et se déroulent d’août à novembre. Des artistes comme Serge Aimé Coulibaly, Gisèle Vienne ou (La) Horde auront l’occasion de se produire au Nottdance Festival à Nottigham, au Dance International de Glasgow en Écosse ou encore au Belfast International Arts en Irlande du Nord. En tout, cinquante événements ont été programmés.

Orchestrée à l’origine par l’Institut français de Paris, l’initiative s’inspire d’un concept d’abord appelé France Moves et lancé à New York en 2002. Il a été transformé en France Dance en 2007 et organisé dans différents pays du monde comme en Corée ou au Brésil. L’événement britannique a été placé sous le patronage de Carlos Acosta, directeur du Birmingham Royal Ballet.

Un marché ouvert mais compétitif

Pour la plupart des artistes sélectionnés, cette tournée au Royaume-Uni est une première et représente une belle occasion de se faire connaître sur place. Selon Claudine Ripert-Landler, conseillère culture à l’ambassade de France et directrice de l’Institut français de Londres, il s’agit d’un investissement dans la durée. « Si le Royaume-Uni est très ouvert à la culture et aux arts, c’est aussi un pays très compétitif. Quant à Londres, il s’agit d’une plate-forme internationale. En venant ici, ces compagnies ont l’opportunité d’être vues par des producteurs et des directeurs artistiques de tous les coins du monde. C’est une vraie chance. » L’Institut français de Londres espère d’ailleurs créer une impulsion pour que de futurs échanges aient lieu entre la danse française et les milieux culturels britanniques. « Nous avons fait un travail de production », résume-t-elle.

Si une partie des frais des compagnies invitées ont été couverts par les organisateurs britanniques, l’institut londonien a aussi contribué à l’effort financier. « Nous avons pris en charge l’hébergement et les transports, détaille-elle. C’est ce qui a permis de boucler le budget. Les fonds sont venus de grands donateurs, de mécènes et de notre trust. »

Un tunnel de coproduction

Quant au choix des artistes français, ce n’est pas l’Institut de Londres qui a établi la sélection. « Nous avons surtout travaillé du côté britannique : comment fédérer et engager différents festivals et théâtres dans la démarche qui était la nôtre », explique Claudine Ripert-Landler. Le choix final est revenu aux programmateurs britanniques eux-mêmes. Mais pour les aider dans leur sélection, l’Institut français de Paris et le Centre national de la danse ont participé à la mise en relation.

Ce travail a duré deux ans et a nécessité trois voyages en France, notamment à Paris et à Lyon. « Nous avons invité les directeurs et programmateurs britanniques à découvrir la diversité de la danse contemporaine française, explique Raphaëlle Rodocanachi, attachée culturelle à l’Institut de Londres. Ces rencontres ont eu lieu à travers des temps forts comme la Biennale de la danse de Lyon ou les Rencontres chorégraphiques de Saint-Denis. Ils nous ont dit quels spectacles les intéressaient puis, dans la journée, nous avons organisé des rencontres et des ateliers. » Les programmateurs et directeurs ont également pu discuter avec leurs homologues français et échanger sur leurs pratiques, l’un des objectifs du festival étant aussi de créer un tunnel de coproduction entre les deux pays.

Un concept qui devrait continuer de s’exporter

« Côté britannique, il y a un vrai appétit pour la liberté d’expression, pour l’interdisciplinarité, pour ce qui fait place à la diversité comme la question du handicap sur scène ou celle de la présence des femmes chorégraphes, précise Claudine Ripert-Landler. Nos interlocuteurs sont sensibles à ces problématiques et ont été attentifs aux compagnies qui travaillent sur ces sujets, ce qui a pu orienter leur choix. »

Le projet ne sera pas reconduit au Royaume-Uni, en tout cas pas dans l’immédiat. « Cela demande un travail de préparation vraiment énorme », commente la directrice de l’Institut français de Londres. Néanmoins, le concept de France Dance sera sûrement repris dans de nouveaux pays, toujours sous la houlette de l’Institut français de Paris.

Chloé GOUDENHOOFT

Correspondante Grande-Bretagne



Photographie de Une – Mathieu Douay, Kevin Martinelli, Edgar Scassa dans LaHorde de Marine Brutti
(crédits : Elliott Franks)