Travailleur jetable, objet éphémère, Abdeslam se confronte à une forme de violence sournoise, celle de la jungle urbaine. Seul dans son appartement, noyé dans la fumée et ses idées noires, il cherche sa place. Une pièce écrite et mise en scène par Ilyas Mettioui, avec Egon Di Mateo, Benoît Fasquelle, Ben Fury, Nganji Mutiri et David Scarpuzza.

Dossier de presse

Résumé

Ouragan raconte une nuit d’insomnie d’Abdeslam, un prénom parfois difficile à porter. C’est curieux car Abdeslam en arabe signifie « porteur de paix ». Il est indépendant complémentaire. Ça sonne plutôt bien comme formule mais concrètement, Abdeslam est livreur à vélo. Travailleur jetable, objet éphémère, il se confronte à une forme de violence sournoise, celle de la jungle urbaine. Seul dans son appartement, renversé dans son fauteuil, noyé dans la fumée et ses idées noires, il cherche sa place.

Abdeslam est un être sensible. Trop sans soute. Perméable malgré ses airs apathiques.

Au début du spectacle, il somnole devant des documentaires animaliers. Il n’arrive pas à décoller de son fauteuil. Il fume de gros joints. Son frigo se met à fumer à son tour. Il se lève pour régler le problème et c’est là qu’un deuxième Abdeslam sort du frigo. Puis un troisième un quatrième et un cinquième. Début de schizophrénie, abus de marijuana ou fatigue exacerbée, peu importe. Abdeslam dédoublé et confronté à lui-même devra tenter de concilier ses différentes personnalités et trouver l’apaisement et la paix dont ils censé être le porteur.

Mélangeant le théâtre et la danse, la scène rassemble cinq performeurs aux univers artistiques très différents. Car on aurait tort de mettre Abdeslam dans une seule case.

Une fresque protéiforme qui aurait pu aussi s’intituler Violence ou Douceur.

Extrait

« Tu la sens cette violence ?

Dans cette main féminine qui se rétracte pour protéger son sac à main
Ou accélère pour éviter ton chemin.
Dans cette monotonie de boucle. De travail intermédiaire et interminablement chiant. Indépendant complémentaire mon cul. Complémentaire à rien du tout. Plutôt livreur de nouilles sans moteur. Livreur partenaire qu’ils disent. Parte- naire de galère.

Cycliste au chômage.
Casquette d’enfoiré.
Gros sac à dos carré, pas pratique mais pizza à plat donc optimal.
Dos cassé et cul brisé par selle de vélo.
Pizza renversée, client remboursé, évaluation ratée, bonus oublié.
Mais sac à dos imperméable. Sous la pluie, pratique. Pizza pas mouillée. Toi, trempé. Mais Pizza livrée. Donc toi payé. Récompensé.
Client écolo. Aime le vélo. Bravo. Client Bobo. Chapeau. Pourboire 20 centimes. Client radin mais réglo. Dit merci. Joli.
Jour de paye, bof. Jour de emme, tire une taff.
Tu la sens la violence ?
Dans le sourire en carton de celui qui s’est fait élire en te crachant dessus Dans le sourire en acier de celui qui te représente.

Dans les votes qu’il empoche en t’insultant.

Dans ces sous-entendus, de “oui mais si ces gens-là voulaient vraiment”. Dans tes espoirs enfouis. Dans les rêves collectifs que t’as pas.
Dans l’argent que tu claques. Dans la semelle de tes baskets assemblées par un petit bridé. De 7 ans. Dans le benzine qui coule à flot dans les tuyaux de ta Suzuki puante. Dans le mauvais alcool qui te brûle l’estomac. Dans le vide qui t’entoure. Dans ce trop plein de vide. Dans ce trop de tout. Dans ce trop de vide. Tu la sens la violence ?

Et ton cœur qui prend des pauses, sans prévenir. Ton corps entier qui sursaute. Tachycardie nocturne. Pas grave. Pas de quoi s’inquiéter. Un battement de cœur en moins. Pas préoccupant. Pas urgent.

De toute façon, médecins incapables. Médecine occidentale. Poubelle. Mutuelle pas en règle. Tu la sens ? Dans ce regard hagard.
Dans le sourire en coin de l’imbécile de manager.

[…]
 Tu la sens cette violence ? Dans les hurlements de la ville qui chassent les pous- sins et réveillent les coqs. Dans le silence qui n’existe pas.
Et l’ombre qui marche dans tes pas.
Tu la sens cette violence ? »

Pourquoi Abdeslam ?

Il y a bientôt un an, l’Université Populaire d’Anderlecht avec qui je collabore, organisait un stage de Slam pour enfants. L’un d’entre eux se présente le premier jour, le visage enfoui dans les replis du pantalon maternel. Visage caché, corps recroquevillé et ses bras comme des tiges métalliques verrouillées autour des genoux de sa mère. Elle tente en vain d’avancer vers l’animateur, elle ne se sent pas à l’aise. Elle voudrait expliquer que son fils a quelques appréhensions à participer aux activités mais elle aussi est prise de gêne. L’animateur s’approche du gamin, lui demande son nom. À l’instant même où la question est prononcée, le gamin, et on n’aurait pas cru que ce soit possible, disparaît complètement dans les jambes de la mère. Il s’appelle Abdeslam mais en arabe, s’excuse-t-elle, cela signifie « porteur de paix ».

Ilyas Mettioui

Renseignements & Distribution

Durée : inconnue

Écriture et mise en scène : Ilyas Mettioui
Avec Egon Di Mateo, Benoît Fasquelle, Ben Fury, Nganji Mutiri, David Scarpuzza
Dramaturgie générale : Zoé Janssens
Dramaturgie à l’écriture : Sarah Brahy
Dramaturgie chorégraphique : Simona Soledad
Création sonore : Guillaume Istace

Tournée

– 14-25 janvier 2020 : A210 (Bruxelles)
– 23-24 avril 2020 : KVS Box (Bruxelles)



Crédits photographiques : Karolina Maruszak