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Intermittents mobilisés et gouvernement sauve-qui-peut !

Intermittents mobilisés et gouvernement sauve-qui-peut !
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Le gouvernement est dans une surenchère artistique étonnante depuis le 30 mai dernier, après que les partenaires sociaux interprofessionnels ont refusé en l’état l’accord Unedic du 28 avril. Les intermittents n’ont pas tardé à réagir, par des actions, des blocages et des dizaines d’assemblées générales aux quatre coins de la France. On parle – parmi les artistes – de bloquer l’Euro de football ou de faire annuler différents festivals, dont Avignon. Un désastre potentiel pour le gouvernement.

Retour sur une lutte

Le gouvernement fait face à une fronde jamais vue depuis Mai 68, s’étant mis la quasi totalité des Français à dos par l’une ou l’autre réforme. À la veille du lancement de l’Euro, demain soir, avec le match France-Roumanie, il essaie d’apaiser au maximum les tensions sociales en chouchoutant tout particulièrement les artistes. Mais ceux-ci sont-ils encore dupes ? Il semblerait que non. Et ce n’est pas la tribune publiée par le Premier ministre Manuel Valls dans Libération hier qui risque d’améliorer la situation.

30 mai.

Dès l’annonce du refus de l’accord par les partenaires sociaux interprofessionnels, le cabinet du Premier ministre – et non celui du ministère de la culture, notons-le – avait publié un communiqué destiné à apaiser les intermittents, en leur promettant que « le gouvernement engagera dans les prochains jours la préparation de la mise en œuvre de l’accord à compter du mois de juillet 2016 avec l’Unedic, Pôle emploi et les professionnels du spectacle ». Il propose également de « prendre en charge au titre du fonds de professionnalisation et de solidarité, qui sera abondé à cet effet, certaines des mesures de l’accord. Mesure que la Cgt-Spectacle a dénoncé par anticipation dès le début des négociations.

6 juin.

Une quinzaine d’assemblées générales des intermittents ont lieu en France.

Audrey Azoulay annonce un renforcement du soutien à la danse et aux arts du cirque. Et hop !, en un tour de main budgétaire, voici 2,64 millions d’euros alloués à la danse et 665 000 € de crédits nouveaux qui vont aller pour le cirque. L’enjeu est de renforcer la création en soutenant l’indépendance artistique, mieux ancrer la présence des artistes dans tous les territoires, conforter la diffusion du cirque et de la danse et donner leur place aux jeunes artistes et conforter nos filières de formation.

Évidemment, ces quelque 3,3 millions supplémentaires arrivent à point nommé pour ce secteur dont la majorité des artistes sont des intermittents !

7 juin.

150 intermittents envahissent les locaux du Medef et en sont chassés, peu après, par la police. Un collectif d’artistes publie également une tribune dans Libération intitulée : « Intermittents : la dangereuse générosité de l’État ». Selon ce collectif, qui rejoint sur ce point la Cgt, la prise en charge de l’assurance chômage par l’État marquerait à moyen terme la fin du régime d’intermittence : « Si aujourd’hui, l’État finançait, même en partie, l’assurance chômage des intermittents du spectacle, leur régime spécifique deviendrait tributaire des budgets de l’État et des alternances politiques ».

Audrey Azoulay défend, devant les députés, l’accord concernant l’assurance chômage des intermittents : « Cet accord prévoit des droits nouveaux mais prévoit aussi un certain nombre de contributions patronales supplémentaires qui fait qu’il génère entre 84 et 93 millions d’euros d’économie. Nous soutenons pleinement ce processus. C’est un accord qui est bon pour tout le monde. » Il n’est ainsi pas envisageable que l’accord ne soit pas appliqué au 1er juillet.

8 juin.

Tôt le matin, les intermittents du spectacle manifestent bruyamment devant le domicile de la ministre du Travail ce mercredi matin.

Manuel Valls publie une tribune dans le journal Libération, en réponse à celle publiée la veille par le collectif d’artistes. Le titre : « Pérenniser le régime des intermittents, un acte de confiance ». La première partie de ce texte évoque le sens de la culture comme « projet politique » pour la gauche avant de rappeler les différentes mesures prises par le gouvernement. Cela tombe un peu à plat car c’est précisément la forme de cet investissement de l’État que remet en cause la grande majorité des artistes.

Le Premier ministre propose dans un second temps de parler « du moment où nous sommes et [de dire] clairement quelles seraient les alternatives à l’engagement du gouvernement ». Qualifiant à nouveau l’accord du 28 avril comme « historique », il explique que le gouvernement se devait agir après le refus de l’accord par les partenaires sociaux interprofessionnels, sous peine d’être accusé d’impuissance.

Manuel Valls - Accord du 28 avril

À défaut de pouvoir faire pression sur le Medef & co, Manuel Valls propose deux mesures : « l’allocation journalière minimale et la prise en compte des maladies de longue durée dans le décompte des heures de travail ouvrant droit à l’indemnisation. Le financement de ces mesures passera par des canaux distincts de l’assurance chômage et permettra à l’accord de respecter le cadrage de l’Unédic. Ce n’est pas de la « générosité » mais de la responsabilité. » Pour le Premier ministre, il ne s’agit pas de remettre en cause « la solidarité interprofessionnelle qui fonde le régime d’assurance chômage et l’inscription des annexes 8 et 10 dans cette solidarité », mais de poser un acte de confiance et de consolider le régime des intermittents.

9 juin.

Manuels Valls est en réalité coincé juridiquement, ne pouvant agir sur des instances qui lui échappent, des instances dont l’aval est en principe obligatoire pour l’application de l’accord Unedic au 1er juillet. Comment le gouvernement contournera-t-il cet obstacle ? On l’ignore encore.

Ce qui est certain, c’est que les mesures annoncées ne sont pas du goût de la Cgt-Spetacle, syndicat majoritaire dans la profession, et de la CIP-IDF. Plus encore, les intermittents se sentent particulièrement concernés par la solidarité interprofessionnelle, qu’ils réclament pour eux, de sorte que leur opposition aux mesures gouvernementales ne concernent pas seulement l’accord du 28 avril, mais la Loi El Khomri.

Dans ce contexte, il y a fort à parier que, si ces annonces contenteront certains intermittents précaires, elles resteront sans effet pour une partie de ces derniers. Du côté des syndicats, de nouvelles actions sont prévues ; du côté du gouvernement, de nouveaux discours et aides budgétaires ?

Michel Le GRETHANC

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