Après une première session de recrutement infructueuse en juillet 2016, l’Abattoir de Chalon, labélisé Scène Nationale des Arts de la Rue et de l’Espace Public (CNAREP) par le ministère de la culture, a finalement trouvé sa future direction avec Bruno Alvergnat et Pierre Duforeau. 

À quelques semaines du festival Chalon dans la rue, qui fêtera sa 31e édition, du 19 au 23 juillet, les deux successeurs de Pedro Garcia devront prendre leurs marques rapidement, en assurant la représentation sur le festival, avant de s’atteler à préparer la saison prochaine. Interview croisée.

À partir de quand prendrez-vous vos nouvelles fonctions ? 

P. Duforeau : Nous arriverons tout début juillet. Ce sera le moment d’assurer la représentation pendant Chalon dans la rue, d’observer et de rencontrer l’équipe avant de préparer la saison prochaine, courant août. Pedro Garcia, qui dirigeait l’Abattoir depuis 2004, a officiellement quitté son poste le 31 mars dernier ; c’est donc lui qui a fait la programmation de cette 31e édition.

B. Alvergnat : Je suis ravi de cette future collaboration ! Notre duo promet une bonne complémentarité qui saura remplir le cahier des charges du CNAREP. De mémoire, je crois qu’il y a déjà eu une co-direction du lieu avant Pedro Garcia, à l’époque de Pierre Layac et de Jacques Quentin.

Cette nomination s’inscrit-elle en continuité dans votre parcours professionnel ?

B. Alvergnat : J’ai une formation en économie d’entreprise et au management culturel ; originaire de Tours, j’ai d’abord été co-programmateur à la radio, puis coordinateur du festival Au nom de la Loire. Suite à cela, j’ai dirigé la Péniche (scène de musiques actuelles) pendant 15 ans et me suis toujours intéressé au spectacle de rue, c’est donc tout à fait cohérent pour moi d’évoluer à ce poste. Et puis je ne déménage pas si loin, puisque l’Abattoir est voisin de la Péniche !

P. Duforeau : Directeur artistique de la compagnie KompleXKapharnaüM, j’ai pour ma part longtemps travaillé dans la création et la scénographie ; un de mes spectacles a notamment été programmé en 1998 par Pedro Garcia, que je connais bien. Le travail sur des projets contextuels, écrits in situ, m’est familier. Ma mission d’accompagnement des créations au sein du CNAREP s’inscrit en parfaite continuité avec ce que j’ai fait auparavant.

Comment se répartiront vos fonctions au sein de ce binôme ?

P. Duforeau : J’assurerai la partie direction artistique à mi-temps et ferai les allers-retours entre Lyon et Chalon, sans quitter mon poste à Komplex.

B. Alvergnat : De mon côté, je prendrai en charge la gestion financière du lieu, à temps complet.

Quelles sont vos ambitions au sein de cette structure ?

P. Duforeau : L’Abattoir étant un centre labélisé espace public, nous avons pour missions d’accompagner des artistes en résidence et de promouvoir les créations territorialisées. À l’accueil de projets s’ajoutent la préparation du festival et des rendez-vous annuels, deux temporalités qu’il faut connecter entre elles. Nous souhaitons par ailleurs explorer de nouveaux espaces d’intervention.

B. Alvergnat : L’objectif majeur est de pérenniser le festival et l’activité à l’année, d’apporter un savoir-faire quant à l’accompagnement et la mise à disposition des lieux, tout en renforçant le tissu local. Cela passe par la recherche de nouveaux modes de financements et l’établissement d’une nouvelle convention signée en commun par tous les partenaires du CNAREP, dont l’État, la région, le département et l’agglomération. Concernant la recherche de financements, il y a différentes pistes : les projets partagés en co-production et le terrain local. Travailler avec les acteurs locaux est primordial, je pense notamment au Théâtre de l’Unité et à la Compagnie Pernette. Il faudra aussi construire une politique offensive en recherche de partenariats.

Les arts de la rue sont-ils suffisamment pris en compte dans la politique culturelle actuelle et quels seront vos défis sur le plan financier ?

P. Duforeau : Il y a bien une prise en considération par les politiques, mais le manque de moyens rend celle-ci fragile. En effet, le budget du CNAREP n’atteint pas le plancher de la plus petite Scène nationale. Il y a un paradoxe : d’une part, une politique de travail sur les nouveaux publics, avec une volonté affichée de toucher une plus grande diversité de catégories socio-professionnelles, et d’autre part, un manque prégnant de moyens.

B. Alvergnat : Si le soutien matériel pourrait être renforcé, avec la fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté, la région affiche une appétence particulière pour la culture. Rappelons que Laurence Fluttaz est deuxième vice-présidente de région, en charge de la culture et du patrimoine. Nous souhaitons mettre en œuvre une expertise collective sur différents projets et créer du lien entre la profession et le ministère de la culture.

Comment situer le festival Chalon dans la rue dans le paysage des arts de la rue et de l’espace public ?

P. Duforeau : On peut considérer ce festival comme précurseur. Il est l’un des trois premiers à avoir proposé ce type de programmation en France, dans les années 80, avec le festival international de théâtre de rue d’Aurillac et La rue est à Amiens.

B. Alvergnat : Pour cette 31e édition, nous accueillerons 16 compagnies pour le In et 139 pour le Off, avec de nouvelles disciplines comme le free-runing – un genre de yamakasi.

Et si vous aviez un spectacle à nous recommander, lequel choisiriez-vous ?

P. Duforeau : La création du collectif l’Ecumerie est formidable ! Il s’agit d’une démarche contextuelle, menée par deux paysagistes : Capucine Dufour et Marie Delaite.

Comment envisagez-vous le travail à l’international ?

P. Duforeau : Cela prendra au moins deux ans pour mettre en place des projets à l’international… Il ne faut pas oublier que c’est une grosse machine ! L’idée serait de créer un réseau avec notamment la Strada en Autriche ou encore à Detmold en Allemagne.

Propos recueillis par Morgane MACÉ

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Photo de Une – l’Abattoir de Chalon-sur-Saône
Crédits : Michel Wiart.