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Interview. François Damiens : « Je suis l’interrupteur, les autres sont la lumière »

Interview. François Damiens : « Je suis l’interrupteur, les autres sont la lumière »
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Découvert il y a quelques années grâce au personnage haut en couleurs de François l’Embrouille, héros d’une série de caméras cachées diffusées à la télévision, François Damiens a depuis enrichi sa carrière de comédien. Avec Mon Ket, il se lance dans la réalisation en relevant un défi conséquent : produire un long métrage tourné uniquement en caméra cachée. Cineuropa l’a rencontré à la veille de la sortie en France et en Belgique du film.

D’où vient l’idée de ce projet ?

Cela faisait longtemps que je voulais associer réalité et fiction. Je fais des caméras cachées depuis vingt ans, et j’adore ça. Quand on m’a proposé de faire du cinéma, il y a une dizaine d’années, j’ai tout de suite pensé que ce serait sûrement intéressant d’allier les deux ! C’était même un fantasme, d’autant que personne ne peut jouer mieux que quelqu’un qui ne sait pas qu’il joue. Logistiquement, c’est compliqué, mais on l’oublie très vite, parce que ça veut dire qu’on peut raconter une histoire avec des vrais gens ! Moi je suis le seul fil conducteur. Je suis l’interrupteur, et eux sont la lumière. Je suis un faire-valoir finalement.

Comment écrit-on un film entièrement en caméras cachées ?

Le scénario faisait une trentaine de pages, c’était une succession de situations avec un fil conducteur. On est parti du personnage, et on lui a imaginé une vie en cavale. Après, il y a plein de petits tiroirs vides à remplir lors du tournage. Ce sont les rencontres qui surviennent ou pas qui écrivent le reste.

Le dispositif était très différent de celui mis en place pour la télévision ?

Oui, on avait sept caméras, parfois même onze, et un grand nombre de micros. Mais pour profiter pleinement de la personne avec qui je jouais, il fallait qu’elle soit libre d’évoluer dans l’espace, qu’elle ne soit pas coincée par les limites du dispositif, que ça reste naturel.

Combien de prises faisiez-vous, et donc combien d’ »acteurs » (piégés) avez-vous dû couper au montage ?

On faisait une douzaine de prises en moyenne. On a tourné chronologiquement, pendant plus d’un an, pour garder une certaine cohérence. Et on a visionné au fur et à mesure les rush, pour savoir quel « acteur » on allait garder, pour que la suite soit tournée en fonction…

L’une des difficultés, c’est aussi de trouver la limite entre un personnage sans filtre et une vraie bienveillance envers les « acteurs » malgré eux…

Ça doit toujours se faire dans le respect. Ce que je voulais montrer, ce sont les réactions des gens, et pour ça il faut un peu les bousculer, mais il ne faut jamais que ce soit méchant, condescendant, ou moqueur. Quand on montre le film, notamment en France, les spectateurs sont éblouis par notre humanité en Belgique. À Paris, c’est plus compliqué. Les gens n’ont même pas le temps de te donner l’heure.

Ici, certaines personnes m’ont donné une demi-heure de leur temps. Même quand les piégés ont des choses à dire à mon personnage, ils se débrouillent toujours pour le dire franchement mais avec délicatesse.

La relation père-fils au cœur du film permet également de lui apporter une certaine tendresse.

La paternité constituait un bon axe pour montrer la sensibilité du personnage, le féminiser en quelque sorte, le rendre plus touchant. C’est tellement triste de voir un père qui essaie d’élever son fils le mieux possible, et qui passe à côté. Il lui donne quand même l’essentiel, de l’amour et du temps. Mais en termes de valeurs, disons qu’il est un peu à côté de la plaque.

Comment avez-vous dirigé les quelques « vrais » comédiens qui vous entourent ?

Pendant le tournage, je les dirigeais en même temps que je jouais. Dans une certaine mesure, ils étaient piégés aussi, parce qu’on ne sait jamais où on va mettre les pieds avec une caméra cachée.  Moi j’ai l’habitude, mais ce n’était pas évident pour le jeune Matteo Salamone par exemple, qui a fait preuve d’une grande maturité. S’il rigolait, s’il avait un demi sourire, on ne pouvait pas refaire la prise. Du coup je le dirigeais en direct : « Arrête de sourire. » « On parle pas en même temps que les grands. » « Parle plus fort, on comprend pas », et ça passait naturellement…

L’envie de réaliser, vous l’avez toujours eue ?

Ce n’est pas une envie qui préexistait au projet. En fait mon but, c’était d’écrire le film, et puis de jouer dedans, mais je n’ai jamais pensé que j’allais le réaliser. C’est venu plutôt tardivement, quand j’ai compris que des caméras cachées, j’en faisais depuis très longtemps, et que j’allais proposer à un réalisateur qui n’en avait jamais fait de prendre la main sur le projet, et donc finalement devoir lui expliquer comment faire…

Propos recueillis par Aurore ENGELEN

 



Photographie de Une – François Damiens (crédits : Cinevox)



 

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